Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

12 décembre 2005

Blasphème.

c23

On n’est jamais assez con aux yeux d’un dieu ou plus exactement, de ses représentants de commerce. Gageons que si le Christ avait été gazé à Auschwitz, tous les bons c(h)réti(e)ns se promèneraient avec un petit baril de Zyklon B autour du cou. Tout comme les porschistes se prosterneraient aujourd’hui devant la 928 si Ferdinand Porsche avait eu la Révélation du moteur avant et du refroidissement par eau lors de l’Immaculée Conception de la VW, Bienheureuse Mère de la 356 et de la Sainte 911.   

A ce niveau de sacrilège, il ne fait plus mystère que nous finirons assurément lynchés, massacrés, écartelés, brûlés, fondus, dissous à tout jamais dans la chaux vive. Ajoutez à cela que nous blasphémons en Porsche 928, et vous comprendrez aisément que nous n’avons plus la moindre chance de mourir tranquillement dans notre lit.

Malheur à celui qui remet en cause le Dogme du tout à l’arrière ! Chez Porsche, on ne le sait que trop. Initié en 1975 avec la malheureuse 924, le schisme des moteurs avant aura coûté cher à l’Eglise de Zuffenhausen. Une guerre de religion et vingt ans de déchirements auront été nécessaires à endiguer l’Hérésie. En 1995, les ayatollahs du contre-braquage triomphèrent de la vague réformiste. Le moteur avant est mort, vive la 911 ! S’écria-t-on. Alors que « Butzi » et autres « Ferry » Porsche furent déifiés de leur vivant, peu se hasardèrent à se revendiquer de la profane 924, véritable antéchrist des porschistes fondamentalistes, et plus encore, de la mécréante 928 qui suivit en 1977.

C’est que l’infidèle multiplia les reniements : moteur frontal, huit cylindres en V refroidi par eau aux arrière-pensées yankee, boîte automatique si affinité, design aussi typiquement Porsche qu’un show-car nippon…

En 1977, pourtant, nombre d’esprits éclairés n’en considéraient pas moins la 928 comme la Porsche de l’avenir. En ces temps moins obscurantistes qui avaient déjà vu tous les grands noms renouveler leurs classiques au risque de bousculer les ex-fans des sixties, l’archaïque implantation en porte-à-faux arrière semblait déjà condamnée par l’idéale répartition des masses annoncée par la 928, une GT à vrai dire autrement plus sécurisante qu’une savonnette de la trempe de la 911 que seule une élite au sang froid savait dompter sans risquer le tête à queue.

Son style fruité, explicitement charnel, s’exprimait notamment dans une sculpturale poupe callipyge en avance d’une décennie sur les profils de fromage de chèvre sévissant à l’époque. L'atypisme de ce dessin a prouvé son endurance au temps si l’on en juge la longévité du modèle : dix-huit ans sans retouche majeure. Le temps pour Audi de passer de la 50 à l’A8 tout alu…

Aujourd’hui encore, l’honni véhicule étonnera les agnostiques par son intemporalité. Hélas, l’imperméabilité d’un noyau dur des porschistes aura eu raison de cette voie réformiste. La vague mystique des années 90 fit le reste. Au fil des ans, lentement mais sûrement, les irréductibles de la 911 poussèrent Porsche à s’accrocher jusqu’à l’absurde à une architecture radicalement désuète. S’il fallut, à terme, se résoudre à abandonner le refroidissement par air sur le type 996, l’on s’ingénia à préserver le tout à l’arrière au prix d’invraisemblables tortures cérébrales. Tout cela pour livrer une voiture domesticable à des clients de moins en moins susceptibles d’abîmer leur trop coûteux bolides mais toujours aussi farouchement attachés au sentiment très psychologique de posséder une « vraie » Porsche.   

Avec la retour en force d’un design nostalgique, celle que l’on considéra, au mieux, comme un OVNI, au pire, comme un incident de parcours, ne serait-elle pas la Porsche la plus moderne, sinon la plus audacieuse du siècle écoulé ? L’idée, grièvement blasphématoire, pourrait faire son chemin, car même chez Porsche, mœurs et mentalités évoluent plus rapidement qu’au Vatican.

Sans même qu’un Concile Extraordinaire eut été nécessaire, les Boxter et Cayman ont habillement réhabilité, sous les dehors orthodoxes de baby 911, l’idée d’une Porsche à moteur central, discréditée jadis par la batarde 914. Plus incroyable encore, en 2005, dix ans à peine après la répudiation de l’hérétique 928, Porsche vit essentiellement d’un modèle à moteur avant - la Cayenne – un espèce de gros tas hautement rémunérateur que les ingénieurs ont imposé à leur clientèle de rupins trop engraissés pour remonter dans les tape-culs de leur jeunesse. La perspective d’une future berline de même configuration – la Pananamericanana ? - ne pourra qu’isoler un peu plus la 911 dans sa dogmatique idéologie.

Depuis longtemps chez Porsche, le tout à l’arrière ne tient plus qu’au désarroi spirituel de clients fanatiques qu’à une quelconque pertinence technique. Née sans doute trop tôt, voilà désormais la 928 réhabilitée par les faits. Elle n’en gardera pas moins dans notre inconscient son excitant attrait subversif.

Heureux soient les pèlerins égarés qui ont chu dans les fossés de la mécréance. Amen.

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Posté par Laurent B à 00:15 - Porsche - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le coup du Lapine

Je sortais à peine de l'adolescence lorsqu'au salon de l'auto de Genève 1977 mon esprit fut frappé par ce qui reste dans ma mémoire comme un choc esthétique.
Quel était donc ce vaisseau interplanétaire aux formes adoucies au point qu'il me paraîsse être rond et non point rectangulaire comme l'étaient les banales autos de cette époque !

La Porsche 928 fut non seulement une réussite esthétique grâce au designer Anatole Lapine, mais encore, elle présentait un fort contenu technologique.
Bien que sa ligne s'alourdisse un peu au fil des années (en même temps que sa motorisation se musclait), la 928 devint sans doute la meilleure GT du monde tant la notion de caprice, terme souvent accolé à ses transalpines concurrentes, lui était étrangère.

N'étant pas moi-même intégriste, je vis disparaître à regrets les Porsche à moteur avant (4 et 8 cylindres de qualités) à l'aube du 3e millénaire et m'amuse de voir les dernières 911 alourdies de toutes parts, bourrées d'électronique castratrice qui finalement sont devenues de lourdes GT genre 928... l'allure au moins !

Alors, dépassée la 928...!?
Disons plutôt qu'elle eut raison 20 ans trop tôt.

Encore merci Anatole pour ce délicieux coup du Lapine.

Posté par Pascal, 17 juillet 2009 à 10:38

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