Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

30 juin 2007

Montre molle.

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Le corps terrassé d'amour, je m'éveillai ce matin-là encore englué dans les muqueuses entrebaîllées d'une indolente aux soupirs languissants. En m'extrayant péniblement du flasque mollusque où je bandais mou, je tentais de reprendre une quelconque consistance, soudain animé par une substantielle faim de viennoiseries chaudes.

Je me coulai dans de lâches frusques négligemment abandonnés sur le parquet flottant et me fondis au dehors. Je tombai là sur la vieille limace du troisième dont la poignée de main, sans plus de teneur qu'à l'ordinaire, semblait me couler entre les doigts. Puis, le pas ralenti par mes semelles gélatineuses par trop adhérentes, j'arrivai en nage devant mon gnangnan mitron, lequel me tendit avec une conviction démissionnaire ma ration de panade de temps à parapluie. J'allai rejoindre le gastéropode humain où je m'abrite le bigorneau quand se produisit le choc.

Là, sur le pavé humidifié de bruine, dégoulinaient les lignes mollassonnes d'une Lancia K. Kafkaïenne à force de monstruosité, l'auto avait pris la consistance de la crème renversée. Orné de quincailleries chromées, luisantes comme du coulis gras sur un flan nappé, ce qui n'était plus guère qu'un pudding automobile suintait sous mes yeux déconfis comme de la gelée fraîche.

C'est en regardant ma montre molle que je compris que je nageais en plein trip salvadordalien...

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28 juin 2007

Détournement de mineures.

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Brochure Panhard Dyna, 1953.

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24 juin 2007

Larmes de crocodile.

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Ressortez les pleureuses du placard et arborez vos plus belles larmes de crocodiles, bandes de compassés tartuffes, l’Alfa 166 vient de tirer sa révérence et comme à chaque trépas d’exotique un tant soit peu folklorique, bloggers et pisse-copies décrètent la fin d’une époque, sinon celle d’un monde, à longueur de notes chagrinées.

Comme ces êtres prétendus si chers mais dont on a l’impression qu’ils n’habitent les cœurs que le jour de leur enterrement, l’Alfa 166 n’aura attisé lyrisme et déclaration d’amour qu’aux deux extrémités d’une carrière hexagonale passablement effacée. Il est vrai qu’on l’avait depuis longtemps enterrée tant elle semblait commercialement morte. Songez que durant l’année écoulée, tout juste 126 French lovers ont bravé le risque de dépréciation effrénée et le délit d’atypisme et l’on mesurera bien vite que la passion à ses raisons que la raison n’ignore pas de tout.

Car de là à provoquer des ruées vers les trop rares revendeurs Alfa-Romeo et s’arracher l’une de ces ultimes méconnues invendables qui, même dûment convertie au Diesel obligatoire et banalisée en gris rase-muraille, décote à peu près aussi promptement qu’un gouvernement Fillon, le sentimentalisme touche a ses limites.

Pour ma part, je n’aurais pas l’hypocrisie d’occulter que la terrible nouvelle ne m’a point empêché de dormir sur mes deux oreilles ni de goûter mets et maîtresses avec force appétit. Crime de lèse-compassion ? Que nenni, je me réserve pour l’oraison funèbre de la Lancia Thesis !

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23 juin 2007

Faisons avancer le Schmilblick.

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De quoi s’agit-il ?

A. Du premier palanquin dont les portefaix furent victimes de la mécanisation forcée des chaises à porteurs ?   

B. Du premier cabinet d’aisance mobile pour roitelet soucieux d’offrir un écrin décent à ses royales déjections ?

C. De la dameuse grand luxe que les tyrans en quête de respectabilité utilisaient pour faire table rase des génocides passés ?

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22 juin 2007

Familles, je vous hais !

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Mon Amour.

A l’approche angoissante de la trentaine, les cohortes moutonnières de Scénic grisâtres me plongent dans les épais ténèbres des matins sans caféine. Telles ces interrogations redondantes, parasitaires à force d’insistance, sur ma situation matrimoniale, le nom de ces Renault-là sonne comme un rappel à l’ordre de l’inconscient collectif vers le lit conjugal et me ramène sans ménagement à ma basse condition d’inséminateur ordinaire.

Lot commun des mâles nécessaires prêts à ensemencer autant de ventres sur pattes, ces bétaillères à mioches sentent le talc tiède, les tétines humides et les couches-culotte usagées. Et s’il s’agit ici de considérations scéniques, c’est surtout au sens des scènes de ménage, là où théières aériennes et soucoupes volantes viennent déchirer le beau ciel bleu des amours pliant sous le poids des chaînes.

N'en doute pas un seul instant, mon Amour, en ces temps où l’ordre moral semble devoir balayer l’esprit de sédition tel un retour de balancier post-soixante-huitard, je ne me laisserai pas enchaîner sans combattre. Les lessiviers du losange auront beau aguicher le futur planqué à coup de jantes sport et de faux placages en alu, leurs Scénic n’en resteront pas moins aussi envoûtant qu’une Christine Boutin en porte-jarretelles et dessous cuir.

Alors, viens ma sauvageonne, embrasse-moi que je t’embrase, étreins-moi et que je m’éreinte, viens t’égarer, le corps à cran et la crinière au vent, et viens consumer avec moi le reste de jouvence qu’il nous reste. Nous n’avons plus de temps à perdre. Dame Nature saura nous rappeler, je ne le sais que trop, ce pour quoi nous avons été conçus.

Muse enchanteresse et mère pondeuse ne sont que les deux facettes de la même médaille et je redoute le jour fatal où tu me suggèreras, entre le creux de l’oreille et celui de l’oreiller, de semer en toi ma mauvaise graine sans que je puisse te refuser quoi que ce soit.

Ma fonction biologique accomplie, je n’aurais plus qu’à me glisser à mon tour derrière le volant d’un Scénic avec deux ou trois têtes-à-claques dans le dos, et rejoindre mes pantoufles en attendant l’inexorable chute. Si ce malheur devait nous arriver, ne pouvant me résoudre à voir ta jeunesse et ta beauté se flétrir au fil des portées succesives, je te promets, mon Amour, de t’étrangler aussi sec.

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20 juin 2007

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in Le Canard Enchaîné, 20 juin 2007

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18 juin 2007

Sécuritarisme.

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En automobile comme en politique, la peur est mère de tous les profits, et les chantres de l’obsession sécuritaire pourront retourner s’astiquer la libido en relisant en boucle la liste des équipements de la nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle Mercedes Classe C. Grand bien leur en fasse, car le marché de la peur a encore de très beaux jours devant lui.

Fort de cette évidence, la firme a l’étoile songe déjà à contrecarrer la prochaine surenchère de BMW en renforçant d’ici à 2010 l’arsenal protecteur de l’actuelle et néanmoins future ancienne Classe C. De la sur-dotation de l’engin, dont nous avons déjà eu l’exclusivité de quelques fuites, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’elle légitime à elle-seule l’entrée du néologisme « sécuritarisme » dans le Petit Robert 2009.   

Jugez-en donc. Du système d’assistance anticipatif d’éternuement AT-CHOOM PLUS au détecteur de terroriste embarqué PATRIOT-TRONIC III avec appel d’urgence relié au central de la CIA en passant par les essuie-glaces à capteurs de cannettes de bière RIOT-CONTROL PLUS, le système électronique de prévention des vols à la portière NO RACK-I et le brouillage radio automatique contre le terrorisme intellectuel de gauche MIND-SAFE sans omettre l’hygiaphone incorporé à la vitre conducteur MICROBE-SAFE, vous aurez un alléchant aperçu du meilleur des mondes possibles que vous envierez bientôt aux happy few touchant plus de 5000 euros par mois.    

Malgré la paranoïa actuellement en vigueur chez les obsédés de l’accidentologie, il semble que les cerveaux aient failli quelque part. D’après une très sérieuse enquête d’un laboratoire indépendant qui fait déjà trembler les états-majors, un grand danger guette encore l’intégrité de la future Mercedes Classe C et de ses passagers, une menace de tous les instants, une épée de Damoclès prête à se rompre à tout moment. Par principe de précaution, Mercedes a déjà rapatrié et fait soumettre à des contrôles drastiques ses prototypes en cours d’essai aux quatre coins du monde.

Rangez vos enfants dans le placard et anticipez d'ores et déjà le couvre-feu, car après enquête, nous détenons désormais une piste risquant fort de faire l’effet d’une bombe. Nous en avons eu la révélation lors de l’avant-première de la dernière Classe C, à Genève.

Là, au milieu, des Very unImportant Persons et autres cuistres s’agitaient comme les comédiens d’un opéra-bouffe accros et à crans, faux-culs et faucons, gâteux et catins, requins et parrains, tous clients Mercedes. Après mûr examen, les frasques bruyantes de cette faune vulgaire me suffisent à faire mien l’aphorisme de Léo Campion selon lequel le chauffeur est, de très loin, la partie la plus dangereuse d'une automobile.

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17 juin 2007

Arme de séduction lascive.

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Les hommes ont inventé les armes de destruction massives mais rechignent à s'en servir alors que les femmes, elles, n'ont aucun scrupule à pratiquer les armes de séduction lascives. La lutte, convenons-en, est inégale, alors, pourquoi lutter ?

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16 juin 2007

Etat d'âme.

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Grâce aux éclairages foudroyants de L’Eglise catholique, nous savons maintenant que la femme possède une âme. Mais qu’en est-il de l'automobile ? Si la question se pose quant à nombre de légendes roulantes de notre mythologie matérialiste, la cause me semble définitivement entendue à la vue trivialement ordinaire d’une Peugeot Deux Cent chose ou Trois Cent et quelques. J’exclurais toutefois le cas notable des 504 coupé et cabriolet. Car, à l’évidence, l’existence ou non d’une âme chez ces mythes trop oxydables dépasse en importance le débat sur le sexe des anges. Voici pourquoi.

Tout a commencé ce jour de prime enfance où la griffe Farina m’a enlevé à mes pauvres Majorette de bac à sable pour m’élever au rang des plaisirs de Grands. A une époque où mes co-détenus de cour de récréation jouaient à Shérif fais moi peur à bord de Dodge Charger imaginaires sinon enviaient la Ferrari d’un célèbre privé en chemise à fleur, j’affichais déjà une préciosité de goût assez peu compatible avec la manifestation puérile d’une virilité post-larvaire.

Lorsque j’eux les jambes assez longues pour atteindre les pédales plus ou moins douces, on ne rencontrait déjà plus ces beautés rongées par le cancer oxydant que dans les pages d’une presse rétro alors embryonnaire. Hélas, la réalité de la première prise en main brisa les pains de sucre de mes rêves enfantins.

La belle endormie que m’avait vantée un vieux magouilleur 3% honnête, ravi d’abuser de la naïveté d’un post-boutonneux, m’attendait dans une grange entre une volière à poule et un vieux pressoir. Je passerais sur la teinte verdâtre aussi attirante qu’une marre assoupie et la sinistrose d’un tableau de bord gai comme un congrès de l’ex-RDA.

Une batterie de récupération et quelques de giclées de Start Pilote plus tard et le laborieux quatre pattes en fonte daignait s’ébrouer. Je revois encore dans le miroir  rétroviseur ma mine déconfite à l’audition désespérante dudit moulin. C’était, comment vous dirais-je, un bruit aussi emprunt de virtuosité qu’un tambour couinant de machine à laver, un cauchemar de trivialité, inexpressif et inexprimable à force de fadeur, un bruit  qui à force de faire du bruit, appelait le silence.

En somme, il manquait à ce coupé 504 quelque chose d’essentiel, de substantifique, de décisif. Comme dit-on déjà ?

De l’âme ?

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15 juin 2007

Le meilleur des deux mondes ?

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Déjà deux ans que MG Rover a mis la clé sous la porte et allez savoir pourquoi j’ai oublié de sortir mon mouchoir à l’approche de ce tragique anniversaire. Bien que n’étant pas tout à fait insensible aux charmes troubles du cuir odoriférant, j’éprouve toujours autant de mal à saisir comment la firme au drakkar est parvenue à maintenir aussi longtemps la farce de la Rolls du pauvre ni comment certains aficionados, sans doute trompés par les miroirs déformants d’une nostalgie romanesque, ont pu pleurer le constructeur de la Rover série 800, cette si peu glorieuse remplaçante de l’encore admirée SD1.

On avait beau savoir ce moyen de transport aussi prompt au raidissement des corps caverneux qu’un parcmètre automatique, les chirurgiens plastiques de chez Rover, à défaut de posséder le même budget R&D que VW, mirent tout leur talent d’illusionnistes pour ériger leur trop oubliable clone d’Honda Legend en dernier rempart du luxe made in England. Ils tentèrent d’y parvenir en parant notamment leur série 800 d’un pastiche de radiateur dégoulinant de chrome aussi seyant qu’un tutu rose à la taille de Camilla Parker-Bowles.

Avant tout, c’est une Rover, fanfaronnait il y a une douzaine d’années une publicité prodigieusement confiante en l’image de son produit à une époque où certains résidus d’Austin Metro et break Montego écumaient encore la gamme Rover.

En marketing aussi, la foi déplace les montagnes. Je me souviens bien de ces prestigieux catalogues que les concessionnaires se gardaient bien de distribuer aux simples empileurs de brochures. Sur papier glacé, en grand format, les éclairages sophistiqués illuminaient de lueurs fauves cuir magnolia et veinures boisées alors qu’au détour d’une page à fort grammage apparaissait un vieil artisan lissant la ronce de noyer de ses mains amoureuses. Devant une telle débauche de raffinement, on n’imaginait pas monter dans une Rover série 800 sans s’être préalablement muni de patins…

Et pourtant, sur le papier, la série 800 avait tout pour sortir son constructeur du marasme en effaçant durablement des mémoires le cauchemar British Leyland. Fruit d’un accord quasi providentiel avec Honda qui finira par jeter Rover dans les bras des japonais, son moteur V6 Honda bénéficiait de la caution technologique d’un des meilleurs motoristes du monde tandis que le blason Rover, encore auréolé du succès de la SD1 et des iconiques P5/P6, avait su préserver son prestige à peu près intact après le bérézina Leyland. La synthèse idéale ? Presque, car si synthèse il y eut, la Rover série 800 a surtout réalisé l’exploit d’allier l’insipidité stylistique japonaise à la totale non-fiabilité britannique.

Le meilleur des deux mondes, en quelques sortes.

Posté par Laurent B à 08:13 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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