Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

01 janvier 2006

Science sans fiction (I).

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Entre l’Antiquité flamboyante des swinging sixties et la Renaissance néo-rétro fin de siècle, les années 70/80 n’évoquent qu’une obscure parenthèse moyenâgeuse aussi peu connue que mal aimée. Chez Aston Martin, on en sait quelque chose. Entre la dernière DB de David Brown, amputé de ses prestigieuses initiales en 1972, et la première DB de l’ère Ford qui reprit le flambeau vingt et un ans plus tard, la petite entreprise sombra dans le chaos des faillites et changements de propriétaire à répétition sans autre perspective d’avenir que des replâtrages d’un unique coupé V8 bien usé par le poids des ans.

Et pourtant, dans le macabre tourment de ces âges obscurs, il y a eu ça. Cette chose, cette machine. Objet non identifiée venu d’un autre monde, elle met la raison en déroute, assèche le verbe à force de tutoyer l’indicible, ne retient pas le regard mais le saisit violemment. L’étourdissement du premier abord surmonté, on reste ahuri devant l’audace insensée de ces lignes tendues à l’extrême, impressionnantes de virilité suggérée et d'élan contenu.

Fantastique engin qui, même immobile, semble fendre les airs. Le nez, que dis-je, ce cap, cette péninsule ciselée au rasoir, semble davantage destinée à une rampe de lancement qu’à une rampe de parking souterrain. Libéré des contraintes castratrices de la grande série, ce diable de William Towns a signé là une œuvre absolue, radicale, sans compromis, terriblement efficace dans sa pureté formelle.

Elle n’aurait pu n’être qu’un gimmick de salon, vision naïve d’un futur fantasmé sur fond de conquête spatiale revisitée façon Star Trek. Cela eut sans doute suffi à meubler l’espace médiatique à moindre coût. Pourtant, contrairement à la Bulldog, cet autre délire imaginé par Towns, l’Aston Martin Lagonda ne s’évanouira pas dans la nature sitôt les lumières des shows éteintes. En 1978, deux ans après son atterrissage fracassant au salon de la soucoupe d’Earls Court, les premiers nababs prenaient livraison de leur nouveau caprice. A ce niveau de science sans fiction, seul Citroën dans ses plus fastes années Michelin aurait pu se permettre pareille fulgurance, et encore. L’OVNI demeurera au catalogue Aston Martin jusqu’en 1990, une longévité exceptionnelle ramenée à l’excentricité de la chose dont 650 exemplaires furent envoyés sur Terre.

L’un deux a fini par échoir entre mes mains. Mon acharnement quasi maladif à rester en dehors du troupeau me prédestinait à cette rencontre du troisième type le temps d’un tour de chauffe aux confins de l’espace. Rien de tel pour une mécanique intersidérale que quelques centaines de millions de kilomètres hebdomadaires pour rester en forme passé le cap de l’année lumière au compteur.

Posté par Laurent B à 12:43 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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