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De la classe VIP à la case ZUP sévit un implacable processus de dégradation sociale que la BMW E30 a maintenant accompli dans sa descente au fin fond des cotes des occasions perdues. Icône déchue des années fric acquise neuve par de jeunes cadres aux canines rase-moquette, elle aura disputé aux 205 Turbo 16 et Countach Quattrovalvole les pans de mur de toute une génération de boutonneux aujourd’hui plus que trentenaires.

 

Vingt ans après, même les marchands d’esclaves d’Europe de l’Est et autres tenanciers de vaseux lupanars n’en veulent plus. Périmées par l’E36 et l’E46, laminées par les kilométrages astronomiques, massacrées par les affreux du tuning, jetées en pâture à des troisième ou quatrième mains telles des os trop rongés, les survivantes trouvent encore à tapiner dans de miteux garages périphériques. Il faut bien reconnaître que la Bayerische Motoren Werke exerce un tel magnétisme sur les déclassés que nombre de petits caïds de gouttière achèteraient n’importe quelle poubelle exhibant les trois lettres magiques : B.M.W. Snober plus mal loti que soi, voilà le réconfort des petits.

 

En somme, à l’exception de culturistes et cultissimes M3 première mouture, le chemin des BMW E30 vers la reconnaissance en collection semble encore long. A moins que les plus que trentenaires lassés des dernière E90 aseptisées redécouvrent leur première Béhême à travers les miroirs déformants de la nostalgie. Ce qui m’est arrivé le jour où je ne sais quel prodigieux hasard m’a fait introduire la clé d’une 3.25i dans son neiman attitré. Les six cylindres en ligne n’avaient pas exécuté leur plus belle partition que je me pâmais déjà. La simple audition en sourdine de ce ronron grave, caverneux, obsédant, m’ôta bien vite toute l’ire que m’inspire d’ordinaire cette pauvre caisse carrée.

 

Pour ce bruit, cette exquise gourmandise de mélomane reconnaissable entre mille cliquettements de moulins rasants, j’aurais à peu près tout excusé à l’E30. Son design n’était plus atrocement cubique mais délicieusement eighties, son allure, non plus étriquée mais féminine, son habitacle, pas seulement sépulcral, mais d’une sobre distinction.

 

Changer en un quart de tour une boîte à chaussure en boîte à musique, c’est ça aussi, la magie BMW.