Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

29 novembre 2008

Bravissimo.

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Allez savoir pourquoi la simple évocation des petits constructeurs italiens inspire spontanément le génie. Il faut bien reconnaître que leur talent à improviser des chefs-d'oeuvre dans le plus absolu dénuement financier n'a d'égal que leur art consommé de la désinvolture. Pour le meilleur et pour le rire.

Prenez donc la Biturbo, la première Maserati produite en masse (et également finie à la masse). Certes, sa latinité exacerbée n'a pas fait d'elle une icône de la beauté universelle, mais elle lui a valu la consécration d'une 37e place au classement des 50 pires voitures de tous les temps établi par le vénérable Time Magazine. Quelle reconnaissance méritée pour cette Maserati dont le sobriquet sonne comme une émanation gastrique après la succession des oniriques Ghibli, Khamsin, Bora ! Et quelle juste célébration du rayonnement italien sur la planète automobile durant les années 80 ! 

La même génialité se retrouve dans l'invraisemblable imbroglio des dénominations commerciales. La désignation primitive de Biturbo était trop platement explicite pour un cerveau italien. L'on décida que la berline issue du coupé originel devait s'appeler 420. 420 pour 4 portes / 2 litres, rien de très fantasque à cela, sauf que la 2 portes identiquement motorisée fut très illogiquement rebaptisé 222. On la flanqua d'une 222 E équipée en toute incohérence d'un 2,8 litres, d'ailleurs pas plus puissant, pour mieux doublonner avec une 228 de même cylindrée et équivalant fatalement à la berline... 430. L'on s'amusa par ailleurs à décapsuler le coupé pour en faire un Spyder que l'on finit par recapuchonner afin d'obtenir un second coupé - l'éphémère Karif - tout à fait identique au premier à l'empattement près, cela va de soi. Que les esprits un peu lents fassent donc un schéma.

Mais la suprême noblesse de l'engin vient qu'il s'agit d'une voiture d'homme. Et un homme, un vrai, tire sa supériorité sur la femme par sa soumission aux caprices d'une bête à chagrin rassemblant à peu près tout ce qui peut rouiller, fuir, rompre, lâcher, brûler sur une automobile. A ce stade, le courage seul ne suffit plus. La plus inébranlable bravoure s'impose. On applaudit les candidats à cet esclavage, reste qu'au moment de franchir le pas, le vrai homme digne de ses organes se rappelle aussi qu'il a un cerveau et s'enfuit illico vers la première BMW.

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28 novembre 2008

Retour en grâce.

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De la classe VIP à la case ZUP sévit un implacable processus de dégradation sociale que la BMW E30 a maintenant accompli dans sa descente au fin fond des cotes des occasions perdues. Icône déchue des années fric acquise neuve par de jeunes cadres aux canines rase-moquette, elle aura disputé aux 205 Turbo 16 et Countach Quattrovalvole les pans de mur de toute une génération de boutonneux aujourd’hui plus que trentenaires.

Vingt ans après, même les marchands d’esclaves d’Europe de l’Est et autres tenanciers de vaseux lupanars n’en veulent plus. Périmées par l’E36 et l’E46, laminées par les kilométrages astronomiques, massacrées par les affreux du tuning, jetées en pâture à des troisième ou quatrième mains telles des os trop rongés, les survivantes trouvent encore à tapiner dans de miteux garages périphériques. Il faut bien reconnaître que la Bayerische Motoren Werke exerce un tel magnétisme sur les déclassés que nombre de petits caïds de gouttière achèteraient n’importe quelle poubelle exhibant les trois lettres magiques : B.M.W. Snober plus mal loti que soi, voilà le réconfort des petits.

En somme, à l’exception de culturistes et cultissimes M3 première mouture, le chemin des BMW E30 vers la reconnaissance en collection semble encore long. A moins que les plus que trentenaires lassés des dernière E90 aseptisées redécouvrent leur première Béhême à travers les miroirs déformants de la nostalgie. Ce qui m’est arrivé le jour où je ne sais quel prodigieux hasard m’a fait introduire la clé d’une 3.25i dans son neiman attitré. Les six cylindres en ligne n’avaient pas exécuté leur plus belle partition que je me pâmais déjà. La simple audition en sourdine de ce ronron grave, caverneux, obsédant, m’ôta bien vite toute l’ire que m’inspire d’ordinaire cette pauvre caisse carrée.

Pour ce bruit, cette exquise gourmandise de mélomane reconnaissable entre mille cliquettements de moulins rasants, j’aurais à peu près tout excusé à l’E30. Son design n’était plus atrocement cubique mais délicieusement eighties, son allure, non plus étriquée mais féminine, son habitacle, pas seulement sépulcral, mais d’une sobre distinction.

Changer en un quart de tour une boîte à chaussure en boîte à musique, c’est ça aussi, la magie BMW.

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27 novembre 2008

Essentiellement accessoire.

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Le teasing (du rosbif to tease, me les hacher menu) ou information à diffusion progressive, consiste à meubler l’espace médiatique avec le même événement jusqu’à saturation du temps de cerveau disponible des internautes qui, comme vous et moi, s’ennuient ferme au boulot.

L’insoutenable suspense ayant suffisamment éprouvé nos nerfs, la Porsche Panamericanana nous dévoile ENFIN ses magnifiques barres de toit. Voilà un événement à la portée considérable. Car lesdits accessoires ne se contenteront pas d’accueillir les skis en titane haute fidélité des cheiks ayant d’ores et déjà loué la station de Courchevel pour apprendre le chasse-neige. 

En effet, en ces temps à ne plus mettre un trader dehors, les apprentis sorciers de la finance en cavale, auront à cœur de convoyer bureaux et effets personnels sur le toit de leur Pananamerica payée par la méga-prime récoltée après une superbe vente à découvert.

Félicitons encore Porsche pour avoir donné une réponse appropriée à la crise que nous traversons.

Posté par Laurent B à 21:42 - Porsche - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 novembre 2008

Première fois.

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Qu’il s’agisse de Byzance ou de la Bérézina, l'on n’oublie jamais sa première fois. La 305 Peugeot fut ma première expérience… automobile et le moins que je puisse dire, c’est que cette liaison juvénile tenait davantage du mariage obligé que du coup de foudre. Et ce malgré des innovations aussi fracassantes que la planche de bord rembourrée ou la commande de chauffage illustrée de petits bonhomme lumineux.

C’était pourtant une bonne fille, serviable et douce à conduire, cette 305. Hélas, dès qu'on lui tirait un peu trop dessus, son petit cœur d’aluminium s'affolait et elle se mettait à piailler comme une jouvencelle effarouchée, quand elle ne se couchait pas au premier virage dans la fureur des hauts régimes. En somme, tout le portrait de XXXX, ma compagne de galère, que j’aurais volontiers culbuté sur le siège passager si les technocrates de la production de masse n’avaient privé les 305 GL de dossiers rabattables. Ce genre de privilège était en effet réservé aux bourgeois possesseurs d’un modèle GR. Quant aux nantis ayant accès à la version SR, ils jouissaient, luxe suprême, d’une boîte à gant fermant à clé et d’un « lecteur de carte » amovible hésitant entre le rasoir électrique et le cadeau Bonux.

Heureusement, l’immense volant rendait toute assistance de direction superflue. Ceci dit, une cinquième vitesse, inconnue de cette auto, aurait davantage tenu de la charité que de l’excès de largesses vu la complainte insoutenable poussée par le pauvre 1300 qui moulinait comme un veau en fond de quatrième sur les portions d’autoroute. En courbe, la prise de roulis était telle qu’il valait mieux mordre sur la chaussée d'en face de peur d’envoyer passagers et marchandises par dessus bord. Il faut bien préciser que dans la période d'hystérie anti-gaspi qui vit naître la 305, Peugeot n'avait pas trouvé de meilleur remède que le sous-dimensionnage excessif des montes pneumatiques.

Ne sachant trop où le constructeur avait dissimulés les soixante cinq canassons-vapeur officiellement déclarés aux Mines, je développai des capacités d’anticipation dignes d’un pilote professionnel. A tel point que la prise d'élan préventive et le recours d'urgence au troisième rapport devinrent chez moi des réflexes pavlovien à l'approche d'une cote dangereusement pentue ou dans la perspective angoissante d'un dépassement coupe-gorge. Autant d'adrénaline et de sueurs froides que la 305 procurait pour pas cher dans les limites des allures d'avant-guerre imposées par la loi.

J’aurais pu l’ « oublier » au fond d’un ravin ou d’un lac, je l’ai retrouvée récemment dans un garage de la propriété familiale, traînant là comme ces babioles inutiles que l’on a jamais le courage d’éliminer sous prétexte de sentimentalisme niais. Errare humanum est.

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25 novembre 2008

Désamour.

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"Par amour de l’automobile", le dernier slogan de Volkswagen n'aura à mes yeux jamais dépassé les plus basses altitudes de la démagogie tant il en est de l’amour dans l’industrie automobile comme de l’amitié dans les OPA.

Des clous ! Par appât du gain sinon par crainte de perdre ses billes, Volkswagen fabrique des automobiles fruits d’une équation savante de coûts maîtrisés, le tout dégageant une marge bénéficiaire dont l’entreprise et ses actionnaires tirent leur excès de cholestérol une fois les bouches en trop sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Voilà qui nous emmène assez loin, convenons-en, des plus ardentes passions amoureuses.

D’autant que les tubercules produits par Volkswagen ont atteint un nouveau summum en matière de tue-l’amour. Je me tins récemment cette réflexion dans la galerie d’un temple de la consommation où votre serviteur se consume la cervelle lorsque les plus triviaux instincts de survie poussent l’homme moderne vers les parkings à caddies. Davantage portés sur l’automobile que sur les torchons à carreau par le déterminisme d’obscurs instincts, me voilà bientôt au prise avec un jeune représentant Volkswagen venu courtiser la classe moyenne avec voitures en stock, table en kit et sourire en bandoulière. Malgré un pouvoir de persuasion à vous faire passer Cuba pour le paradis de la presse d’opinion, le frétillant freluquet ne parvint pas à m'arracher les manifestations sous-jacentes du Désir alors que la patate tuméfiée dans laquelle il tenta de m'engloutir me semblait aussi émoustillante qu’un séjour dans les geôles de l’ex-KGB. Mes réticences eurent finalement raison de ses stratagèmes. En une ultime tentative de séduction, il me remit toutefois l'un de ces luxueux catalogues promettant son lot de bonheur artificiel en quadrichromie.

Horreur. Au fil des pages puant le produit chimique à faire risquer l’overdose à un accroc du genre, mon intérêt se dilua dans la froideur clinique de photos funestement inexpressives à force de lumière aseptisée et de retouche informatique. Dans le vide intersidéral d’un texte consternant de platitudes, des mots tels que « passion » ou « désir » n’en paraissaient que plus creux. Réprimant un mouvement de panique incontrôlé, je fusai au dehors dans l’espoir d’apercevoir un coin de ciel bleu non encore factice.

Parvenu en mon logis, je découpai consciencieusement les Golf de ma brochure pour mieux en décorer mon papier toilette. J'encourage vivement toute âme sensée à reproduire ce geste de salubrité publique. 

Par amour de l’automobile.

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24 novembre 2008

Vrais faux-semblants.

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Le snobisme est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet disait Gainsbourg en acteur lucide de cette grotesque comédie qu’est la jet-set.

Il n'avait pas tort ! Regardez-les ces péteurs dans la soie, s’afficher ostensiblement au festival de Cannes, les cheveux gominés, le costume tiré à quatre épingle et la mamelle gainée, tout cela pour aller mater des gros porcs en train de forniquer bruyamment dans des films dits « d’art et d’essai ». Ceci fait, ils se complaisent à longueur de garden-party entre futiles minauderies et flagorneries surfaites autour d’un verre de Sauternes fruit du labeur de cul-terreux dont les châteaux Yquem et autres La Tour Blanche seraient bien en peine d'exhiber de peur d’offusquer leur aimable clientèle. En effet, les pauvres, ces gens vulgaires et sans raffinement, n’ont pas la décence de brandir l’alibi culturel lorsqu’ils parlent de merde.

Ceci dit, tous les riches ne pensent pas qu’un ouvrier ressemble à une statistique, loin s’en faut. En effet, depuis quelques années, le dernier chic dans les milieux distingués consiste à s’afficher dans une voiture de luxe faite des mains d’un ouvrier, un vrai.

De la masse laborieuse, les propriétaires d’Aston Martin ou de Bentley n’avaient aperçu jusqu’alors que des photos, à longueur de brochures publicitaires, où les mains expérimentées besognent amoureusement l’aluminium ou la loupe d’orme. Depuis, les firmes de luxe ont pris l’habitude de convier leurs clients à venir faire les touristes en leur "manufacture" afin d’admirer les braves gars oeuvrant à l’édification de leur gloire ambulante (Ndrl : à quand une visite guidée des hautes sphères dirigeantes à l’intention des cols bleus ?) Le succès rencontré par ces nouveaux zoos humains implique bien sûr son cortège de prestations folkloriques telles que le reportage photo chez Morgan ou le moteur dédicacé chez Bentley.

Evidemment, on a scrupuleusement veillé à dépunaiser les calendriers New Look et à cacher les revues porno de derrière les établis. Des fois que l’on soupçonne les mains expérimentées de besogner autre chose que l’aluminium et la loupe d’orme !

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20 novembre 2008

Coolness.

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Malgré les trésors de sémantique inusités que renferme le Littré, j'ai peine à traduire la notion de "cool car" dans la langue de Montaigne. Vaine tentative eu égard à la subtilité d'un concept que l'on ressent plus qu'il ne se démontre et dont la dernière Bentley Azure T exprime à mes yeux actuellement la quintessence.   

La coolness de ce morceau d'Angleterre échappera probablement au futur acquéreur de Seat Exeo, cette ex-Audi A4 démodée, déclassée, démarquée, pour consommateur sans passion ni grande idée de l'automobile. Voilà un choix par dépit, un choix à défaut, uniquement justifié par des pingreries de pense-petit. Puisque personne n'est dupe sur la provenance de l'objet, on aurait tout aussi bien pu la vendre en supermarché avec comme tout commentaire "VOITURE NEUVE" inscrit sur la fiche descriptive de l'article. Une auto seriously uncool, quand bien même Bill Murray la conduirait dans le plus inclassable des road movies, ce dont n'aura cure l'acheteur possédant une calculette à la place du coeur.

L'Azure T, elle, atteind si j'ose dire des sommets de coolitude. Parce qu'elle vous hôte de l'esprit toute préoccupation bassement rationnelle, parce que  l'on ne croise guère de monuments historiques sur nos routes et parce que le monde serait tout simplement moins savoureux sans d'aussi extravagantes survivances, je qualifierais cette Bentley d'overcool. 

Quant à la quantité de CO2 rejetée par kilomètre, avouez que demander cela est notoirement uncool.

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19 novembre 2008

Messie public n°1 ?

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Après Mesrine romantique (je me tords de rire), Mesrine politique (pitié, j'en peux plus), Mesrine révolutionnaire (au secours, j'peux plus respirer), voici Mesrine christique (!!!) Même pas choquant. Juste ridiculement racoleur.

Après l'excellente prestation de Vincent Cassel dans un Instinct de mort merveilleusement bien rythmé, ce second opus globalement plus mou nous livre un Mesrine plus pathétique que sympathique. La fable du voyou romanesque épris de liberté se noie ici dans la mégalomanie d'un personnage hésitant entre naïveté et beauferie. Un portrait sans concession pour mieux tuer le mythe ?          

Quant au martyre du héros à bord d'une BMW 528i, voilà sans doute la moins bonne raison de vouer un culte à ce modèle. Rend-on grâce à la Rover P6 sous prétexte que Grace Kelly ait trouvé la mort à son volant ?    

Posté par Laurent B à 23:52 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2008

James Bombinette.

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Après avoir essuyé plusieurs tirs de missiles, semé un hélicoptère de combat et filé sous le nez d’un train fou, j’avais foncé dans le vide aux yeux et à la barbe de mes adversaires avant que la 205 GTI ne déploie son parachute et n'atterrisse en douceur au fin fond du canyon. Ces négligeables petites anicroches ne me dispensèrent pas de déplorer trois vilains grains de poussière sur mon costume impeccable. Shocking !

Ma prochaine mission plus top que secrète m’emmena vers les routes verglacées de l’ouest canadien et les terrains glissants de la redoutable Priscilla. Rien que pour ses yeux de glace, je me devais de sauter de l’avion cargo en 205 GTI. Cela épatait davantage la galerie que d’arriver par le car de 11 heures 17. Ma fidèle « 115 » ayant été précédemment pulvérisée par une plante vénéneuse du KGB, Q m'avait confié la dernière évolution 130 ch. Je repris rapidement mes repères derrière la batterie d’instrumentation crève l’œil alors que la moquette sanglante et les lettres G.T.I. frappées au fer rouge sur le volant heurtaient violemment ma rétine.

A l’ouverture de la soute, le grand vide me happa dans son gouffre enivrant. La 205 hurlait en piqué entre les cimes d’or blanc. Je prenais tout juste mon pied quand il me fallut bientôt gonfler le parachute arrimé à mon chariot de feu. Ca aurait été le comble si un chasseur F10 n'eut point rodé dans les parages, rien que pour le fun et mes fans, il y en avait toujours un dans la distribution. La boule de feu que j’aperçus dans le rétroviseur corrobora mon pressentiment. La chasse ennemie venait de griller mon champignon de toile et mon estomac d’homme qui tombe à pic encaissa la chute. Les MXV série 55 mordirent la poudreuse sur les flancs enneigés quand, sous mes yeux, l’aiguille du cardiogramme s’envola vers la zone d’adrénaline.

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Assez joué au chasse-neige, je décidai de couper par le lac gelé. Il y avait certes plus incognito pour échapper à des poursuivants armés de têtes chercheuses, mais Priscilla détestait attendre et je ne me voyais guère faire la queue au télésiège avec mon smoking et ma paire de Church’s. L’ombre menaçante d’un bombardier lourd ne tarda pas à planer au dessus de moi. Enfin un compagnons de jeu à ma mesure ! A travers mon toit en verre, je vis sombrer sur moi une pluie de bombes étincelant au soleil. Sur l’une d’entre elle, je crus lire de jolis noms d’oiseau sans doute esquissés par Priscilla. Je louai sa jalousie comme un don du ciel. Rien de tel qu’un bon slalom pour tester la « 130 ». Les premières explosions me ballottèrent dans une grêle de glace acérée me forçant à zigzaguer en contre-braquages acrobatiques.

A la livraison de mon nouveau joujou sur-alésé, je crus un instant que la montée en gamme me fisse regretter les saveurs authentiques de ma teigneuse « 115 » trop vite disparue. Aucun minet n’avait oublié la traumatisante émasculation de la Golf GTI. Préservé des coquetteries édulcorantes telles que la direction assistée, le freinage ABS ou la surmonte pneumatique de trop, je retrouvai fort heureusement la vivacité de ma traction ludique débordant de hargne dès la première dérobade de train-arrière. Dans ce balais exaltant avec la faucheuse, ma petite salope rouge ne glissait pas, elle dansait. Charnelle à force de timbre chaud, sa petite boîte à musique râpait dans les graves, vocalisait dans le rocailleux, faisait trembler mes tympans, exacerbait mon excitation. 

Le plus lourd que l’air, à cours de feu d’artifice, capitula. Reprenant le fil d’un bitume oublié depuis quelques temps, je me mis à négocier les lacets à la corde et les courbes de niveau decrescendo jusqu’à la plaine. Survirage maîtrisé, début de sous-virage, décrochage de l’arrière, la 205 déglutit les méchantes courbes avec force boulimie tandis que je m’imaginais prendre Dame Centrifuge par la taille en un tango ardent ne pouvant se conclure qu’à l’horizontale.

Arrivé triomphalement devant le chalet de Priscilla, je ne pus réprimer un dernier dérapage contrôlé pour la frime, indifférent que j’étais aux charmes des beaux créneaux de professeur d’auto-école. Puis, le pas conquérant, l’œil de braise et la gestuelle animale, je m’en suis allé susurrer à l’oreille de la miss Iceberg qui avait « failli attendre » qu’il convenait de rester prudent par ces temps-ci. 

Ce à quoi la scélérate répondit :

« _ Au lieu de faire le zouave avec ta chignole de kéké, tu ferais mieux d’aller torcher les gosses, espèce de bon à rien ! »

Posté par Laurent B à 12:52 - Peugeot - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 novembre 2008

A l'hypotétique acheteur d'une Citroën C6 3.0 V6.

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Très cher toi.

Il existe des manières plus ou moins glorieuses de jeter l’argent par les fenêtres. L’on peut claquer ses plus-values au baccarat, entretenir moult maîtresses ou parier sa fortune sur un coup d’éclat. Toi, tu as choisi d’acheter une Citroën C6. Non pas d’occasion, ni même très récente, mais… neuve ! J’en ai d’autant plus le vertige que tu ne l’as pas non plus choisie en Diesel comme le font les épisodiques acquéreurs de ce modèle délaissé, mais en V6 essence. Gloups.

A défaut de complète idiotie, je trouve, mon ami, qu’il y a du panache dans ton acte. Alors que le centre de gravité du marché automobile français s’abaisse au rythme effréné des mauvaises nouvelles, l’idée même d’essayer une Citroën C6 roulant au sans-plomb a de quoi déclencher de sérieux fou-rires chez les vendeurs de HDI bonusés. Pourtant, en dépit de l’écolo-hystérie sévissant actuellement, Citroën propose toujours un V6 essence au sommet de sa gamme, telle une branche morte que l’on aurait omis d’élaguer. Tout le monde avait oublié son existence. Sauf toi.

Un choix téméraire. D’autant que le V6 en question, dont les 215 canassons-vapeur sont accablés par les 1800 kilos de ton obèse C6, réussit l’exploit d’être moins performant que son homologue à mazout déjà peu aidé. La politique du tout-Diesel a prodigieusement bien fait son œuvre comme l’illustre l’absence quasi totale d’évolution d’un V6 conçu il y a plus d'une décennie pour animer la Xantia et les ultimes XM. J'apprécie ton goût pour la décadence.   

Pour parachever ton acte de foi, car à ce stade, il en faut, tu as choisi de mettre plus de 50.000 de tes euros sur un modèle surtaxé de toutes part, sans prestige en dehors des amateurs, donc invendable, et surtout soumis à une dépréciation telle qu’il te serait plus économique d’allumer ta cuisinière avec des billets de banque. Aurais-tu touché-là le comble du snobisme ?

Pour toutes ces raisons, mon ami, je suggère que l’on t’attribue au plus vite la légion d’honneur et que l'on t'élève aux plus hauts rangs du prestige national. A supposer bien sûr que tu existes, ce dont je doute.

Posté par Laurent B à 21:34 - Citroën - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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