J'veux du cuir.
Et si la haine des riches venait de la frustration des moins bien lotis de ne pas se comporter eux-mêmes comme des nantis ? Voilà qui expliquerait le succès des jeux d'argent, prêt-à-porter de luxe, fausses Rolex et autres variations chic de l'auto jetable.
La fable de la petite Rolls prend racine au pays des paquebots ambulants. Dans les années 50, BMC absorbe le carrossier Vanden Plas et lui confie l'habillement de ses châssis avant d'en faire la caution chic et toc de ses modèles populaciers. On se souvient de ce cube rase-motte d'Austin 1100, pompeusement rebadgée Vanden Plas Princess en 1962. De la planche de bord au carpaccio de cuir sans oublier les très folkloriques tablettes-écritoire, tous les poncifs que compte la Grande-Bretagne en matière de voiture de luxe tiennent alors en moins de 3,5m. La Princess suivante, extirpée de l'Austin Allegro, y rajoute un grotesque radiateur pastiche qui lui vaut encore d'être bien placée dans les hit-parades du ridicule. Nous sommes en 1975, la mode rétro sévit et Citroën songe sérieusement à une 2CV luxe à calandre dégoulinant de chrome et faux-compas "Belle Epoque" du meilleur goût, cela va sans dire. La crise tarde pas à modérer ce genre de singerie. En 1981, l'Austin Metro Vanden Plas fait l'impasse sur les baroqueries d'usage tandis que Ford dévalue systématiquement la griffe Ghia de la Granada à la Fiesta.
En 1988, alors que la croissance et la frime reprennent, Renault remet la citadine chic à la mode. A la manière d'un produit de contrefaçon, sa Supercinq Baccara recycle le nom d'une célèbre cristallerie alsacienne en l'orthographiant sans le "t" final pour mieux conjurer la menace d'un procès. Une orgie de cuir crémeux caractérise cette coquille de noix plus prestigieux dans l'intention que par la finition. La 205, qui disputait alors à la Cinq la moindre miette du segment B, ne pouvait que surenchérir dans cette tendance du meilleur goût, mais à la façon Peugeot, c'est à dire avec la pingrerie d'un petit boutiquier près de ses sous.
Au Mondial 90, miss 205 délaisse la vulgarité du blue jean pour sacrifier au fétichisme du cuir le temps d'une série spéciale, la GTI Griffe. Cuir intégral, direction assistée et ABR sont autant de raffinements inouïs sur une 205 en 1990, mais à quelques 101.000F - une GTI 130 revient alors à 89.600F - le très flashy vert fluorite contrastant sur des jantes anthracites évoque davantage les fantasmes d'un post-boutonneux que l'univers du luxe. La farce se limite à 3000 exemplaires, dont 1000 trouvent preneur en France.
Peugeot revoit sa copie dès le prochain salon international, à Genève. Avec la nouvelle 205 Gentry, les petits génies du marketing pensent avoir isoler l'ADN du prestige. La GTI 1.9 a encore fourni ses organes, à cette différence près que l'OS applique désormais un jonc chromé sur les pare-chocs ainsi qu'un mince filet de faux-bois sur les contre-porte à l'emplacement des habituelles bandes rouges. Moteur dégonflé à 105 ch, boîtauto optionnelle et harmonies intérieures sévères parachèvent ce que Peugeot présente sans sourcilier comme un "symbole de raffinement". Impressionnant. Et sur tous les murs de France, une bourgeoise modèle se fait conduire en limousine sur laquelle on peut lire que son "autre voiture est une 205 Gentry".
Ou quand posture rime avec imposture.
Commentaires sur J'veux du cuir.
- Petite riche ou grande pauvre??Que les grenouilles se veulent plus grosses que les boeufs, on connait ça depuis Jean de La Fontaine!
"Elle a tout d'une grande" dixit Renault pour vanter sa petite Clio, personne n'est dupe!
Une petite voiture même mieux finie avec un gros moteur, ça reste une petite voiture!
Sans connotation sociale de mauvais aloi!
Je suis un adepte de la berline à malle et en-dessous de 4,5 m, je me sens à l'étroit!
Genre gros carton dans une boîte d'allumettes!
Non, je n'ai pas un physique de bûcheron suédois, mais bon, j'ai pris goût à prendre mes aises.
La 205 familiale est bien pratique pour évoluer en milieu péri-urbain avec ses 3,70 m, mais bon, quand il s'agit de tailler la route avec armes et bagages, une longueur de 4,80 m et 1,70 m de large sont très justes avec Madame, Bébé et son siège hypertrophié, les trois chats et un coffre tellement bien garni qu'à chaque croisement d'une bagagère au cul d'une autre voiture, j'éprouve une tendresse à peine dissimulée...
Détestant cordialement les insipides monospaces, dont je reconnais nonobstant l'intelligence par une belle modularité, et les SUV qui comme tout compromis automobile n'est ni une excellente routière, ni un véritable tout terrain; il me reste les voitures bi-corps, à hayon donc, ou les trois volumes comme mes berlines à coffre!
Dans l'inconscient collectif, une voiture se conçoit "à malle" si l'on en croit les dessins d'enfants matérialisant l'auto telle un chapeau avec des roues.
Après ces considérations bassement terre-à-terre de volumes, l'étiquette sociale se parera d'un moteur multi-cylindres dont feue-l'ancienne vignette achetée fébrilement dans un bureau de tabac faisait siffler d'étonnement le commerçant à la vue du nombre de chevaux fiscaux à nourrir annuellement!
Flatterie à bon compte!
La boîte automatique, le cuir, la clim'automatique; le toit ouvrant ouvrant, les quatres vitres, l'antenne, les rétros électriques étaient autant de gri-gris mettant une distance pompeusement sociale avec le vulgus pecum engoncé dans leur petite voiture punition!
Carrément débile!
Mais les gens qui ont l'air, mais qui n'ont pas l'air du tout, pour paraphraser le Grand Jacques, y en a toujours autant...
En bagnoles comme ailleurs...





Encore que je ne sois pas convaincu que Peugeot soit doté d'un solide sens de l'humour.