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Fatale inhérence de la banalité ordinaire, complice par défaut des hauts et des ébats de toute une nation, aujourd’hui consommée, demain consumée, la Renault est le plus petit dénominateur commun des automobilistes français, et comme avec la pastille Valda et la capote, il faut se résoudre à ce mal nécessaire. Cependant, malgré l’implacable loi des séries infligée par la production de masse, certaines Renault ont miraculeusement échappées à l’anonymat de la très grande série.

Depuis des lustres, les héroïnes de la France d'en bas portent le losange Renault. La berlinette fut à notre voiture du peuple ce que la Porsche 356 fut à la Volkswagen, le sorcier Gordini a encanaillé la paisible R8 et un vent de folie nous a donné un Spider appétissant comme une friandise acidulée. Et puis il y eut cette folie de Clio RS V6. Diantre ! Un V6 dans une Cli(t)o ! Et pourquoi pas un V8 dans une Mini ? Oublions les pêchés de jeunesse de la première mouture de 2001 co-signée avec TWR pour ne garder en mémoire que le second essai de 2003, repris en main par Renault Sport. Comme toute Ordinaire Génétiquement Modifiée, il a fallu faire des compromis avec la grande série, accepter une carrosserie prélevée sur la chaîne des prêtes à consommer et supporter le plastique grisâtre d'un cockpit de voiture de postier.

Aucun de ses compromis nécessaires n’aurait pu ôter à Renault l’immense mérite d’avoir osé une architecture centrale. Reproduire l’expérience Clio Williams sur la base d’une simple turbo-traction aurait pu suffire à s’attirer les faveurs de Sport Auto. En mettant le moteur à la place de la marmaille braillarde, les ingénieurs n'ont pas seulement joué sur le lien émotionnel avec la mythique R5 Turbo, qui, déjà à son époque, n’avait de la citadine universelle qu’un vague air de famille. Ils nous délivrèrent aussi et surtout du fatalisme du quatre cylindres perpétuel en gratifiant nos oreilles des vocalises d’un V6. Non le brave PRV, V6 multi-usage qui a fourni de la puissance à bon compte à toute l'industrie automobile française pendant un quart de siècle, mais son successeur, conçu sans Volvo. Un moteur délaissé plus par manque de client que par une quelconque tare conceptuelle. Poussé à 230 chevaux puis à 254 sur la phase II, soit autant qu’une Porsche Boxter, ce trois litres donnait un tout autre aperçu de ses potentialités que dans une Avantime automatique.

Loin de nous l'idée d'acquérir cette boursouflure. Elle n'a strictement aucune classe et ressemble à une auto-tamponneuse. Elle n'en possède pas moins ce grain de folie et cette insolence juvénile qui a fait le sel des muscle cars. Le temps d'un tour de manège, elle fait oublier que l'on a vieilli. Comme le résumait fort bien Jeremy Clarkson, que l'on ne peut suspecter de francophilie : "What a funky little car !"