06 mai 2009
Abus de langage.
Allez savoir par quelle injustice de la sémantique l’on ose qualifier de con l’exquise fleur cachée que chaque femme recèle en elle quand la plus désopilante fadaise jamais imaginée par l’homme répond au doux nom de Toyota Corolla.
Corolla. La corolle. Comment user d’aussi charmantes allusions florales à l’endroit d'un prêt à consommer automobile suscitant le même degré de lyrisme qu’un four à micro-onde en promo chez But ?
Icône de la platitude universelle, plus petit dénominateur commun de la niaiserie planétaire, symptôme du broyage des goûts et des couleurs en une seule bouillie informe, fossoyeuse de tout élan créatif forcément non rentable, adversaire résolue de l’avant-garde au point de conserver le même patronyme éculé d’une génération sur l’autre, cette corolle-là tient plutôt du corollaire de roman d’anticipation.
Le voilà devenu palpable, le rêve de modernité, aseptisé, déshumanisé, du meilleur des mondes possibles. Et la réalité du Toyota way of life dépasse les plus effroyables fictions d’Huxley ou d’Orwell. Dramatiquement anonyme, sans histoires et sans histoire non plus, cette insignifiance sur roues fonctionne à l’ordinaire sinon au quelconque, distille ses triviaux services sans heurt ni saveur particulière, n’attire pas plus le blâme que l’envie, rase les murs et marche à l’ombre.
Elle nous évoque la navrante insipidité de ces collègues de travail toujours tirées à quatre épingles et propres sur elles, ces bêcheuses désopilantes qui arrivent toujours à l’heure au boulot et se tiennent raides dans leurs petites bottines, le bloc-note serré au plus prêt du corps, ces proprettes à binocle qui écrivent comme des institutrices de CP et rebouchent consciencieusement le capuchon de leurs petits stylos ro-roses, ces frigides dont on aimerait qu’elles aient pour une fois cette petite mèche revêche ou ce bouton de chemisier défait. Hélas, miss Corolla ne décroisera pas les cuisses pas plus qu’elle ne se déridera le minois. Par ailleurs, lui a-t-on seulement déridé l’aumônière ?
Quel abus de langage d’appeler Toyota Corolla pareille peste ! N’aurait-il pas mieux fallu l’appeler Toyota Choléra ?
Il nous faudra hélas apprendre à supporter l’insupportable, car depuis trente ans, chaque voiture qui tombe en panne est une publicité gracieusement offerte à Toyota. C’est qu’à force de mépriser un client considéré au mieux comme une propriété privée, au pire, comme un cobaye, les vieilles gloires du vieux monde ont elles-mêmes nourri le géant nippon, et ce jusqu’à en faire aujourd’hui le premier constructeur mondial.
En politique comme dans le commerce, le leadership ne se prend pas, il se ramasse, et nous ne sommes pas loin de traiter les responsables de ce hold-up de gros cons, ce que nous nous garderons bien de faire, de peur d’insulter injustement ce trésor d’anatomie féminine complice de nos plus inavouables émois.
03 mai 2009
French Blues.
Fatale inhérence de l’horreur ordinaire, elle est la platitude quotidienne de notre mal commun. Complice par défaut des hauts et des ébats de toute une Nation, elle est le plus petit dénominateur commun du peuple français. Et comme avec la pastille Valda et la capote, il faut se résoudre à ce mal nécessaire.
Telle est la Renault. Désignée par un chiffre anodin ou un nom sibyllin, plutôt ronde ou coupée au carré, aujourd’hui consommée, demain consumée, ex-nouvelle voiture et future voiture poubelle, sa vie est déjà écrite, n’en parlons plus. Alors, une Clio de plus ou de moins, cela nous émeut à peu près autant que la littérature de Carrefour qui échoit chaque jour dans notre boîte à ordure.
Malgré l’implacable loi des séries infligée par la production de masse, certaines Renault ont miraculeusement échappées à l’assommoir industriel. Les berlinettes furent à notre voiture du peuple ce que la Porsche 356 fut à la VW, un sorcier et un nom magique ont arraché bien des R8 à la médiocrité routinière dans laquelle elles stagnaient, un vent de folie nous a donné un Spider appétissant comme une friandise acidulée. Pourchassées par le shérif, condamnées à une existence précaire par une rentabilité trop fragile, ces Renault pour mauvais garçons n’ont écrit qu’une histoire éparse faite de petits miracles et d’espoirs déçus.
Et puis il eut cette folie de Clio RS V6. Diantre ! Un V6 dans une Clito ! Et pourquoi pas un V8 Rover dans une Mini Classic ? OVNI des vendeurs de remises, inconnue du Club Affaire Renault, elle a bousculé le cadre trop restrictif des plan-produits le temps éphémère d’un ou deux salons avant de s’évanouir dans la confidentialité des petites séries. Tout juste le temps de satisfaire la soif de wallpaper de boutonneux pré-pubères. Et dans le tohu-bohu des lancements de Logan jetable et autres Clio biodégradables, on en avait presque oublié qu’elle figurait encore au catalogue.
Tout le monde n’en gardera certes pas un souvenir impérissable. Oublions donc les pêchés de jeunesse de la première mouture de 2001 co-signée avec TWR pour ne garder en mémoire que le second essai de 2003, repris en main par Renault Sport. Comme toute Ordinaire Génétiquement Modifiée, il a fallu faire des compromis avec la grande série, accepter une carrosserie prélevée sur la chaîne des prêtes à consommer et supporter un poste de pilotage aussi érogène que celui d’une Clio société. Pour autant, aucun de ses compromis n’aurait pu ôter à Renault l’immense mérite d’avoir osé une architecture centrale. Reproduire l’expérience Clio Williams sur la base d’une simple traction équipée d’un quatre cylindres deux litres aurait pu suffire à s’attirer les faveurs de Sport Auto. En mettant la moteur à la place de la marmaille braillarde, les ingénieurs ne jouèrent pas seulement sur le lien émotionnel avec la mythique R5 Turbo, qui, déjà à son époque, n’avait de la citadine universelle qu’un vague air de famille.
Ils nous délivrèrent aussi et surtout du fatalisme du quatre cylindres perpétuel en gratifiant nos oreilles des vocalises d’un V6. Non ce laborieux PRV, V6 multi-usage monté sur à peu près tout et n’importe quoi, mais son successeur, conçu sans Volvo. Un moteur délaissé plus par manque de client que par une quelconque tare conceptuelle. Poussé à 230 chevaux puis à 254 sur la phase II, soit autant qu’une Porsche Boxter, ce trois litres donnait un tout autre aperçu de ses potentialités que dans une Avantime ou une C5. On aurait pu en tirer bien plus encore moyennant boîte adaptée au supplément de couple, le rapport poids/puissance n’égalant évidemment pas celui d’une Lotus.
N’en déplaise à ceux qui n’en finissent plus de pleurer leur Alpine, la Clio RS V6 a repris le flambeau avec panache, mais nous n’avons pas su la voir, nous autres esprits grisâtres englués dans un morne quotidien au couleur de mazout. Même les flics n’ont pas voulu d’elle. Ils rouleront donc japonais puisque les missiles sol-air n’ont désormais plus droit de cité sous nos latitudes.




