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En ce début des années 70, décennie de modernité effrenée sans nostalgie aucune, la folie cunéiforme prend racine dans l'imaginaire des designers avec la radicalité d'une avant-garde.

Les précurseurs Bertone et Gandini ont déjà repris la main au salon de Turin de novembre 1970. A défaut de réinventer la roue, la Lancia Stratos Zero qu'ils présentent bouleverse encore un peu plus le langage esthétique automobile. Elle est à ce point en avance qu'elle relève encore de la science fiction lorsqu'elle apparaît dans le film de Michael Jackson, Moonwalker, en 1988. Quel prototype anticipateur, trop vite rattrapé par la réalité, a fait mieux ? Mis à part un petit fenestron assurant la visibilité périphérique, aucune élément bassement fonctionnel ne vient perturber la pureté formelle du profil en coin, haut de moins d'un mètre. L'expression "monter en voiture" confine à l'antiphrase, le pilote se calfeutrant dans le cockpit comme dans un carton à chapeau via un pare-brise et une colonne de direction relevables. Le moteur V4 Lancia, dissimulé en poupe sous un panneau cunéiforme stratifié, interdit toute rétrovision. Quimporte, l'avant-garde ne regarde pas en arrière, mais ne mène pas nécessairement nulle part.

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Si la Lancia Stratos "de série" ne reprend du concept-car que le nom, l'ADN de l'Alfa Carabo se perpétue dans un fantasme à la démesure de Marcello Gandini, la Lamborghini LP500 "Countach" ! Rien que cette exclamation inspirée d'ordinaire par l'ondulation d'un affolent fessier, sonne comme une paire de claques. Pouvait-on mieux retranscrire la saisissante agressivité de cette sculpture sur roues ? Du capot plat aux feux arrière cuniéformes en passant par les ouvrants en élytre et les passages de roue en biseau, la Countach heurte le regard autant qu'elle le flatte. Bertone marque ici brutalement sa différence avec l'élégance académique d'un Pininfarina et positionne définitivement le style Lamborghini par rapport au rival Ferrari. Ce n'est pourtant encore qu'une maquette roulante que Valentino Balboni conduit de nuit à Genève, au printemps 1971.

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Lorsque s'éteignent les lumières du salon helvétique, décision est cependant prise d'industrialiser cet ORNI ayant déjà démodé la Miura en pleine maturité. Hélas, faire descendre dans la rue pareil délire sous LSD (Lamborghini Suicidal Doors) dont les aspects pratiques égalent à peu près les préoccupations éthiques d'un Henry Kissinger, ne va pas sans torturer des méninges. L'inclinaison extrême des baies vitrées retire toute efficacité à l'essuie-glace par fort abat d'eau et limite l'ouverture des glaces latérales à un fin interstice. La rétrovision revient à regarder la télévision par la fente de sa boîte aux lettre alors que l'insuffisance respiratoire du V12 nécessite le montage d'hideuses cheminées latérales. Fin prête en 1974, la Lamborghini Countach définitive, ou type LP400, doit également se passer du futuriste tableau de bord à volant monobranche du prototype LP500 qui, pour la petite histoire, finit sacrifié au crash-test. Heureusement ou hélas ?

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L'industrialisation de la Lotus Esprit, que Giugiaro présente en 1972 aux côtés de la Maserati Boomerang, nécessite moins de compromis à défaut de simplifier la tâche des metteurs au point. Passer du protype à la série nécessite trois longues années. Au final, Colin Chapman n'a peut-être pas la GT dont il rêvait. L'Esprit originelle, ou type 79, est un four et son moteur à quatre cylindres de fort petite noblesse se fait un peu trop entendre, mais l'équilibre assez remarquable de sa sculpturale silhouette lui assure un succès durable de trois décennies, bien aidé, il est vrai par l'incapacité financière de Lotus à lui donner une remplaçante que l'on attend encore !

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Toujours est-il que cette Lotus passera à la postérité pour sa prestation dans le septième film de James Bond, l'Espion qui m'aimait (1977), où 007 échappe à une brune vénéneuse en hélicoptère grâce à son Esprit transformable en sous-marin de poche. La forme en coin de la voiture se prêtait admirablement à cet usage et l'Esprit submersible demeure encore aujourd'hui une valeur sûre des fabricants de miniatures. Quant au modèle à l'échelle 1 utilisé pour le tournage et animé par des plongeurs, il a récemment trouvé preneur aux enchères pour une somme rondelette. Ironie du sort, les premières Lotus Esprit n'avaient pas de châssis galvanisé. Pour une voiture submersible, le détail ne manque pas de sel...

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A suivre.