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Si belle mécanique rime avec envolées lyriques, il faut bien avouer que la fatalité des quatre cylindres universels, le diktat du Diesel obligatoire pour tous et le mal nécessaire de l'écolo-malthusianisme ne favorisent guère l'éveil musical de l'homo automobilis ordinaire. C'est d'autant plus regrettable que l'écrasante majorité ne connaîtra des belles cylindrées que la cacophonie synthétique de mauvaises simulations vidéo sinon, pour les plus chanceux, trois minutes derrière le volant d'un bolide désespérément statique, au Mondial. Pour remédier à cette misère des sens et soigner vos oreilles quotidiennement agressées par les claquements vulgaires de l'injection directe, vous trouverez ci-après quelques extraits parmi les meilleures symphonies à quatre temps pour six et douze cylindres.

Un érudit de la mécanique vous en dévoilera mieux que moi les raisons physiques, mais la noblesse du moteur à explosion doit pour beaucoup à un nombre de cylindres divisible par trois (3-6-12). Non que les "multiples de deux" (4-8-16) manquent d'arguments, mais leurs qualités sonores ne sauraient autant subjuguer. On se souvient que les quatre cylindres en ligne de la Porsche 944 n'ont jamais fait  oublier, c'est peu dire, les six à plat de l'ancêtre 911. Même chez Alfa, pas vraiment connu pour rater ses moulins (ce qu'il y a autour, c'est autre chose),  le célèbre L4 "Bialbero" n'égale pas le lyrisme du V6 "Busso". Pour s'en convaincre, tendez l'oreille et comparez, rien qu'au son, une Alfa 75 4 cyl. Turbo avec la même voiture, équipée du V6.

Saisissez-vous la nuance entre bruit et musique ? Maintenant, branchez vos écouteurs et savourez. Du ronron sensuel des ralentis feutrés aux charges wagnériennes des échappées stridentes, l'émotion se décline sur une large plage de régime, quand bien même de vilains bruits de transmission devraient en parasiter l'audition. Il y a là bien sûr les chefs d'oeuvre intemporels de l'art mécanique, V12 Colombo (Ferrari) et Bizzarrini (Lamborghini), V6 Dino et Alfieri (Citroën, Maserati), F6 Porsche, des références plus démocratiques, et pas des moindres, V6 Busso (Alfa Romeo) et L6 BMW en tête, mais aussi le beaucoup moins attendu V6 PRV, dont les accents transalpins, moyennant échappement adéquat, pourraient surprendre les plus sceptiques. Il est vivement recommandé aux lecteurs sujets aux addictions de ne pas cliquer sur les images suivantes.

Pas de V8 ? Il semblerait que les bourdonnements plus ou moins rugueux et autres glougloutements des huit cylindres, fussent-ils de prestigieuse lignée européenne, n'aient pas le même charme que le feulement d'un "six" ou d'un "douze". Ce n'est qu'un avis personnel et je vous en laisse juge avec cette balade de grand style sur la Grande Corniche au volant d'une Alfa Montreal.

Art mécanique ou bêtise humaine, plaisirs mélomanes ou enfantillages irresponsables ? C'est selon, mais convenons qu'il existe plus laide manière de gaspiller l'énergie fossile.