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Un peu partout, les virtuoses mais peu vertueuses mécaniques à six cylindres laissent la place à de plus sages "quatre pattes", voire à des hybrides thermo-électriques plus en accord avec la verdure des plans com'. Dans pareil contexte, la sortie d'un bolide aussi réactionnaire que la BMW Série 1 M ressemble fort à un acte de bravoure crépusculaire. La passion automobile a ses raisons que le malthusianisme écologique ignore. Il faut toutefois gravement désespérer de l'automobile à venir pour payer le prix d'une Porsche récente une kékémobile aussi outrageusement jackysée.

Déjà au siècle dernier, les petits soldats de Greenpeace comparaient les plus récents modèles thermiques à des dinosaures. Non sans raison, avouons-le, mais faute d'alternative économiquement viable pour le vulgum pecus, le vénérable moteur à piston imaginé par Beau de Rochas en 1862 a enterré presque tous ses fossoyeurs. Malgré un temps moteur utile tous les deux tours seulement, ni le moteur rotatif, ni les deux chocs pétroliers, ni les substituts plus ou moins utopiques n'ont eu raison de son insolente domination sur l'ensemble des transports terrestres; les rockfellers de l'or noir avaient trop à y perdre, diront les mauvaises langues. Au contraire, il compte parmi les piliers de notre mythologie consumériste, des "vroum-vroums" que les mioches ont dès le berceau à la bouche aux trépidations érogènes de la Harley de BB en passant bien sûr par les roulages de mécanique en Béhême sur YouTube.

Du reste, que seraient les 24h du Mans sans le bruissement fou des bolides au petit matin, un  road movie américain sans le tonnerre des V8 sur la highway et une BMW sans le feulement métallique de ses six cylindres ? Le moteur à combustion interne, mais à émotion externe, ronronne, rugit, hurle, vit et nous fait vibrer avec. Et les moteurs, BMW (avec un M comme Motoren) s'en est fait une spécialité, mieux, une stratégie marketing. Quand d'autres poussent à la consommation en multipliant les niveaux d'équipement comme autant de barils de lessive aux noms surfaits, BMW déploit sur toutes ses gammes des armées de pur-sangs mécaniques, balisées tous les 500 cm3. Derrière la barbarie des chiffres, le passionné entend déjà l'ensorcelante mélodie des fameux six cylindres grimpant allegretto dans les tours. Cette institution maison a d'autant plus facilement rencontré son public qu'elle équipe des modèles certes sportifs, mais discrets, solides et utilisables quotidiennement. De quoi se détourner des Porsche et fuir les Alfa Romeo.

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En 1977, la 323i avait démocratisé la formule et défini l'archétype de la petit Béhême à six pattes pour des décennies. Mal aimée car fabriquée à la hâche à partir d'une berline, la 323ti de 1998 aura compté parmi les trois ou quatre compactes à jouir d'une paire de cylindres d'avance sur le peloton de la catégorie. En 2007, la 135i Coupé avait poussé encore un peu plus loin la surmotorisation au point de bousculer l'élite de la série 3. Tant et si bien qu'on ne pensait pas nécessaire de développer une variante ultrasportive "M" comme le veut la tradition maison. D'autant qu'un problème de confusion terminologique s'est posé, le matricule "M1" ayant déjà été porté par la supercar éponyme (Ndrl : PSA a eu moins de scrupule en apposant les marques "Talbot" ou "DS" sur tout et n'importe quoi, mais eux, ils vendent de la soupe...) Du reste, la 135i avait l'air tellement boursouflée qu'on se demandait où loger les chevaux supplémentaires. Dans la boîte à gant, sans doute. Or, la division Motorsport a fini par y parvenir. En fin de carrière, en plein changement de modèle, la déjà ancienne série Une a trouvé son fleuron ultime. Il aura donc fallu sept ans pour lui trouver un patronyme : non pas "M1", donc, ni "1M" pas plus que "M135i" mais "Série 1 M coupé". Officiellement, car "pimpmobile", cela lui va tout aussi bien.

Si la nouvelle star suscite tant d'intérêt, c'est qu'au-delà d'une offensive médiatique qui fait mousser les propriétaires de 120d depuis au moins six mois, elle renoue avec les fondamentaux de la petite Béhême épicée qu'a "oublié" une M3 trop embourgeoisée. Une taille mesurée, six cylindres mélodieux, une bonne vieille boîte manuelle aux verrouillages fermes et précis, voilà au moins une Béhême qui ne se prend pas pour un jeu vidéo et appelle d'intéressantes comparaisons inter-générationnelles. BMW avait présenté la 135i comme la descendante de la 2002. Aujourd'hui les photos officielles mettent côte à côte la 1 M et la M3 E30. Sauf que cette dernière n'avait "que" quatre cylindres, une "anomalie" justifiée à l'époque par la réglementation du Groupe A pour lequel la M3 fut imaginée. Les plus mélomanes n'ont pas tous apprécié. Six cylindres obligent, le parallèle avec les M3 E36 et E46 me paraît dès lors plus judicieux. Cela sent la bonne affaire pour BMW tant ces sleepers ont impressionné les nouveaux nostalgiques.

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La 135i m'avait déjà enthousiasmé par son moteur formidablement coupleux, sa commande de boîte précise à souhait et son adhérence phénoménale. De quoi retrouver le sourire en ces temps à ne plus s'amuser au volant et nourrir les plus grands espoirs quant à cette 1 M, mais ne nous y trompons pas, elle n'est que l'arbre qui cache la forêt. Condamné à terme par l'épuisement et l'enchérissement de son combustible fossile, le moteur à explosion mène en effet sa dernière bataille. Alors, il faut réduire la voilure, faire son deuil des gros cubes énergivores et rouler plus loin avec toujours moins de carburant en attendant les gentilles nouvelles technologies éco-responsables qui vont sauver le monde, n'en doutons point. J'ai su que l'on avait changé d'époque, au Mondial 2008, lorsque la transparente hôtesse de chez BMW m'avait proposé en guise d'essai un aimable stage d'éco-conduite en 116d. Un comble, et une hypocrisie notoire venant du spécialiste des berlines surmotorisées chéries des mauvais garçons en Perfecto élimé.

Le feu de paille de la 1 M durera ce que durent les buzz, le temps d'écouler les deux mille et quelques exemplaires prévus, soit avant même la fin de ce billet ou presque. Pendant ce temps, la plupart des modèles des séries 3, 5 et Z4 rétrogradent de six à quatre pattes. Ironiquement, si la série 5 d'il y a vingt ans ne comptait que des L6 à son lancement, la prochaine pourrait fort bien s'en passer. Après avoir subi tour-à-tour diésélisation forcée, style Bangle et SUVisation de la gamme, BMW n'en finit plus de diluer son âme. Je ne ferais pas pour autant de la série 1 M l'icône crépusculaire d'une époque révolue. Et ce pour une raison simple : son indicible laideur n'a d'égale que son incommensurable vulgarité.


BMW 1M vs Mur

Avant dernier avatar de l'ère Bangle, issu de l'effroyable concept CS1 de 2002, la série Une E82 continue de défier l'entendement. La difformité du monstre m'évoque au mieux un coupé série 3 ratatiné sinon partiellement compressé par César. Il a manqué semble-t-il la longueur nécessaire à intégrer harmonieusement un troisième volume à ce profil de bunker que des courbes de bas de caisse tentent en vain d'alléger. On croyait avoir touché le fond avec la 135i. Il a fallu que les chirurgiens (in-)esthétiques de Motorsport l'enlaidisse de la panoplie complète du kéké : jantes sous stéroïdes, ailes boursouflées, bouclier tuméfiés... De trois quart avant, on dirait un dragon du nouvel an chinois, de profil, une chaussure de drag queen, de derrière, juste un gros tas. Rien d'élégant ni de distingué ne saurait émerger de cet atrappe-boutonneux que requins de la City et autres banksters décomplexés vont bientôt s'arracher. De quoi regretter l'austère sobriété des Bimmers pré-Bangle. Par ailleurs, pourquoi mettre plus de 50.000 écus dans une série Une qui se dépréciera plus vite qu'elle accélère quand une bonne M3 s'offre en seconde main pour le prix d'un bobospace ?

Cela sent le sapin pour la série 1 M coupé. Reconnaissons-lui au moins le mérite de rappeler les bases de la passion selon BMW. Evidemment, s'acharner à défendre le moulin à essence, à six cylindres qui plus est, va bientôt devenir aussi désespéré que militer pour la traction vapeur en pleine diésélisation du parc moteur de la SNCF. L'automobile thermique qui a fait vibrer toute une civilisation est un objet tant cultuel que culturel et la passionné, un indécrottable sentimental. Il a tissé avec sa machine les mêmes liens que Jacques Lantier avec la Lison. Le sevrage prendra du temps.