Trevor Watson - ShadowPhoto Trevor Watson.

Selon certaines études, nous passons en moyenne huit années de notre existence en voiture. A défaut de pouvoir s'en passer, on y mange, on y dort, on y tient des conférences météorologiques, on s'y engueule en famille et bien sûr, on s'y envoie en l'air. La bagnole fait d'ailleurs partie des espaces d'abandon érotiques incontournables en dehors du lit conjugal. On n'y pense cependant jamais au moment d'acheter une voiture, par pudibonderie judéo-chrétienne, sans doute. Pour remédier à cet oubli, voilà donc quelques véhicules à forte potentialité friponne que vous ne regarderez plus jamais de la même façon.

1. Renault type CB coupé de ville.

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On commence par la doyenne. Voici probablement la plus célèbre des Renault du début du XXème siècle après le glorieux taxi de la Marne ! Ce coupé de ville a été acheté en France en 1912 par un riche Américain, William Ernest Carter. Il l'a ramené avec lui à bord du... Titanic et elle y est toujours ! James Cameron l'a rendu mondialement célèbre en en faisant le théâtre des ébats de Leornardo Di Caprio et Kate Winslet dans son insubmersible Titanic multi oscarisé. Il fut bien difficile d'y réchapper lors de sa sortie, en 1998, puis lors de la piqûre de rappel, lors du centième anniversaire du naufrage. Vous vous souvenez du bras de Kate Winslet glissant contre la vitre embuée de l'auto ?

On vous fera grâce de la scénette, mille fois revue et parodiée, qui n'aurait d'ailleurs pas pu avoir lieu en réalité puisque la voiture a voyagé dans une caisse en bois. Cela nous le savons par les registres répertoriant en détail la cargaison du paquebot. Un siècle après l'appareillage à Southampton, l'auto attend toujours son déchargement sur le port de New York. Toutes les tentatives de la retrouver dans les entrailles de l'épave ont échoué. Gageons que des riches fanatiques américains ont déjà financé la prochaine expédition.

Quant à savoir si l'on prend vraiment ses aises et surtout son pied à l'arrière d'un coupé de ville d'il y a cent ans, on ne sait pas. A part les tourtereaux de Titanic, tous ceux qui auraient pu s'y abandonner sont morts ou noyés.

2. Rolls-Royce (tous types avec mascotte).

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Cette voiture sent le luxe et la luxure, la sensualité feutrée d'un lupanar de luxe et le grain raffiné d'une photo porno chic. Le numéro de charme débute avec le célèbre bouchon de radiateur, "une gracieuse petite déesse qui a choisi le voyage par la route comme plaisir suprême et s'est posée sur la proue d'une Rolls-Royce pour se délecter de la fraîcheur de l'air et du son musical de ses draperies flottantes" selon les termes de créateur, le sculpteur Charles Sykes. Certains l'appellent Emily mais il s'agit en réalité de Eleanor Thornton, secrétaire officielle et maîtresse officieuse de Lord Montaigu de Beaulieu que Sykes a pris pour modèle, en 1911.

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Baptisée l'Esprit de l'Extase, elle semble s'enivrer de vitesse, le buste en avant et les gras rejeté en arrière tandis que le vent lui moule avec sensualité sa robe flottante. Ses charmes vaporeux font digresser Serge Gainsbourg en introduction du concept-album Melody Nelson (1971). Sur fond de basse languissante, presque inquiétante, l'artiste susurre ses paroles :" là-bas, sur le capot de Silver Ghost de dix-neuf cent dix, s'avance en éclaireur la vénus du radiateur dont les voiles légers volent aux avant-postes".

Emporté dans sa rêverie, Gainsbourg commet un petit anachronisme. En effet, en 1910, les Rolls-Royce n'avaient pas encore de mascotte, même si des montages ultérieurs ont pu avoir lieu. 

Dans le clip rétro-kitsch réalisé Jean-Christophe Averty, Gainsbourg fait semblant de conduire sa propre Rolls, non pas la Silver Ghost de 1910 mais une Phantom I de 1928, un rêve de gosse qu'il a réalisé en 1970 avec le cachet d'un aimable navet, Slogan, au cours duquel il a rencontré Jane Birkin. Comme il ne possède pas le permis, il remise la Rolls dans le garage de sa maison-musée du 5bis rue de Verneuil, dans le quartier latin, à Paris, avant de la revendre quelques années plus tard. Serge n'en conservera que la "vénus d'argent du radiateur" entre-autres objets-souvenir issus de sa discographie.

Dans l'esprit d'Henry Royce, la création de cette mascotte officielle devait dissuader le montage de bouchons de radiateur fantaisistes à l'époque où les Rolls n'avaient pas d'ornementation de proue. Cette précaution n'a bien évidemment pas empêché les esprits fantasques de réaliser de fripons détournements. On les comprend. La Rolls est un lupanar roulant.

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Et la fête des sens se poursuit dans le cocon intimiste de l'habitacle. L'épaisse moquette Wilton invite à quitter ses escarpins voire à conduire pied nu à la grande satisfaction des fétichistes du pied. Le cuir Connoly, chaud de ton et exquis à la caresse, crisse sous les fessiers impudiques. A la place du maître, la tablette pique-nique en ronce de noyer n'attend plus que les flûtes à champagne, et son invitée, de langoureux baisers au goût de Taittinger. La soirée commence sous les meilleurs auspices.

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3. Citroën DS.

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"On n'est pas bien là ? Tu les sens les coussins d'huile, sous ton cul ? Hydropneumatique mon p'tit bonhomme !" s'exclame Jean-Claude (Gérard Depardieu), tout fier, à Pierrot (Patrick Dewaere), au volant de la DS 23 qu'il vient de braquer. Vous avez sans doute reconnu l'une des répliques mythiques du film de Bertrand Blier, les Valseuses (1973), inspiré du roman éponyme. Les Valseuses nous conte l'histoire de deux petit voyous désoeuvrés, Jean-Claude et Pierrot, qui "empruntent" la DS d'un coiffeur pour tuer l'après-midi du dimanche. Le soir venu, ils la remettent exactement au même endroit où ils l'ont trouvée, mais le propriétaire les attend un pétard au poing avec sa shampouineuse de pépée, Marie-Ange (Miou-Miou). Pierrot se prend un pruneau dans l'entrecuisse mais les deux compères parviennent à s'enfuir avec la DS et Marie-Ange.

Il s'en suit une folle cavale à travers une France moralement étriquée que la frénésie de jouissance du trio ébranle salement. Le salace succède à l'obscènité dans ce pamphlet anti-bourgeois mené à fond de train. 2CV, Ford, Rolls, Morgan, Traction : Jean-Claude, Pierrot et Marie-Ange voyagent et s'envoient parfois en l'air dans une succession de véhicules hétéroclites. A la fin du film, ils retrouvent la DS aux mains d'un couple de petit bourgeois caricaturaux et de leur fille, Jacqueline (Isabelle Huppert, fraîche adolescente, dans l'un de ses premiers rôles.) Sous la menace dissuasive d'un coup de manivelle, ils échangent à bon compte leur tape-cul du moment, "une bonne vieille Quinze", contre la DS et Jacqueline qui n'en peut plus de ses vieux. Avisée que la petite est encore pucelle, Marie-Ange décide qu'ils ne peuvent pas la laisser partir ainsi...


Si le roman finit tragiquement, le film s'achève en queue de poisson. Nous quittons nos anti-héros dans le noir d'un tunnel, toujours à bord de la DS. Bertrand Blier a réussi à faire de cette icône vielle France la complice de la libération sexuelle post-soixante-huitarde. Citroën aurait moyennement apprécié ce genre de publicité. Faire dans la dépravation, ce n'est pas vraiment dans les habitudes de la maison. Le mal est fait. Quand on a vu les Valseuses, difficile aujourd'hui de reprendre le volant d'une DS sans avoir en tête la réplique finale de Depardieu : " on n'est pas bien là ? Paisibles, à la fraîche, décontracté du gland ! Et on bandera quand on a envie de bander !"       

4. Citroën CX Prestige.

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"Trois minutes, douche comprise", c'est le surnom donné à Jacques Chirac par des filles du RPR apparemment bien au fait des moeurs sexuelles de leur patron. C'est ce que rapporte le prolixe chauffeur de Chichi, Jean-Claude Laumont, dans son livre de confidences, "Vingt-cinq ans avec lui", paru en 2001. On ignore si le vert Jacquot a pris telle militante en soif d'apprentissage ni telle journaliste connue du tout Paris à l'arrière de sa CX Prestige. Une chose est sûre, avec une empattement de wagon-lit et vingt-cinq centimètres de plus que la berline au bénéfice exclusif des amants, il y a de la place pour tout un sérail à l'arrière.

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Bien sûr, de l'eau a passé sous les ponts depuis les plus folles bravades chiraquiennes. De nos jours, l'état de l'ancien président impose des pudeurs diplomatiques, ses anciennes conquête sont "rangées des voitures" selon le mot de Roland Dumas, et la plus célèbre CX de France a été muséifiée par Bernadette en Corrèze, au milieu des mille et uns cadeaux présidentiels. Le cancer oxydant a cependant dû épargner quelques CX Prestige de sous-préfecture qui n'attendent plus qu'un amateur daigne s'y vautrer. Attention cependant aux coups de talon lors des assauts à la hussarde, la fluide Citroën est un peu basse de plafond et le ciel de toit tend à s'effondrer avec le temps.

5. Citroën C6.

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Du crépuscule de Chiraquie à l'aube de la Hollandie, la Citroën C6 est indissociable du microcosme oligarchique parisien. Son altière prestance de char de l'Etat et son immense pavillon fuyant de vaisseau spatieux l'y prédisposent. Complice de toutes les connivences politico-journalistiques et autres conflits d'intérêt qui éclaboussent chroniquement notre république bananière, on la croise plus aisément à la Concorde le soir du dîner du Siècle qu'à la Courneuve lors du repas de quartier. La robe sombre, les vitres souvent fumées et le V6 systématique, elle ne se rencontre qu'en version toute optionnée. Il n'y a de toutes façons plus de version grand public de cette habituée des cercles fermés.

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Si comme l'a dit ce diable d'Henry Kissinger, le pouvoir est l'aphrodiaque suprême, la C6 est le premier de ses lupanars roulants. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays qui a compté à sa tête tant de chefs d'état lubriques, à la notable exception de Louis XVI, le seul à considérer la besogne conjugale comme un pénible devoir ? Des courtisanes d'hier aux putains de République, les mêmes comédies troubles se jouent à l'arrière des C6. Confort très haut de gamme et omerta du tout Paris garantis, du moins tant que Monsieur est suffisamment puissant, donc craint. Pour plus d'aisance dans la partie fine, la généreuse banquette arrière s'ajuste électriquement. Au besoin, Monsieur peut repousser d'une simple pression du doigt le siège de son larbin d'aide de camp. Fantasme ?

Que les non-élus et non-cooptés se rassurent ! En dehors du cercle des politiques et des grands patrons obligés de rouler en berline française, la C6 se déprécie aussi vite que la cote de popularité d'un gouvernement aux affaires. De quoi jouer aux oligarques en chaussures de luxe, gros cigare et lingerie fine dans ce carrosse républicaine à vil prix ! Osez Joséphine !

6. Combi Volkswagen.

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Repassons de l'autre côté de la bourgeoisie. 1968 n'est plus qu'un mythe commercialement récupérable, mais il existe encore de vrais utopistes objecteurs de conscience qui roulent en combi Volkswagen à un âge où leurs parents étaient déjà passés du maoïsme au social-libéralisme et du sac pour Katmandou à l'attaché-case. La fatalité du salariat précaire et des horizons bouchés ne leur laissent de toutes façons guère de chance d'embourgeoisement. Vous les rencontrerez sans doute lors d'un festival de musique métal, d'une manif anti-OGM ou d'un concert improvisé au fin fond de la vallée d'Aspe.

Avec le combi, qu'il se prénomme Caravelle, Multivan, Westfalia ou Joker, s'ouvre le champ des possibles. Herbe roulée et gazon au naturel, à deux, à trois, à quatre, que l'on préfère les filles, les garçons ou les deux, tout est permis. A bord, une petite communauté peut refaire le monde. Debout, couché, en chien de fusil ou en toupie, le combi autorisé toutes les expériences. Pour le poirier, le toit relevable fait merveille. Alors, tant pis pour les divergences idéologiques. Il est quand même beaucoup plus payant de se revendiquer de Che Guevara que de Charles Maurras.

7. Renault Twingo I.

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D'un point de vue phallocratique, cette ovoïde petite chose au nom infantilisant et au regard de Betty Boop est aussi sexuellement agressive qu'une voiture de manège. D'ailleurs, il parait qu'à ses débuts, ces messieurs boudaient la Twingo parce qu'elle avait l'air castrée. Les filles, elles, n'ont pas l'angoisse de la castration ni le complexe de la taille (à part peut-être, celle de leurs charmes). Elles trouvent généralement la Twingo mignonne et pratique. Elles ont bien raison.

Il y a autant de place à l'intérieur que dans une grosse berline et les sièges font vraiment couchette. De quoi conter fleurette à la belle étoile quand le toit en toile est de la partie. Pour les à-côtés de la passion que la raison ignore, la Twingo ne craint guère les débordements lubriques et autres coups de talon avec sa planche de bord en plastique dur et ses contre-portes en tôle d'acier.

Comme elle se fait maintenant vieille (vingt ans bientôt pour les toutes premières !) la Twingo originelle se retrouve aujourd'hui aux mains d'étudiants plus ou moins fauchés. Tant mieux pour l'élasticité des chairs, l'agilité de la cuisse et la fraîcheur des esprits non encore abîmés par la vie précaire. Que demande le peuple ?

8. Dodge Viper.

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Nous ne sommes que des animaux évolués. Pour nous reproduire, nous usons des mêmes stratégies expérimentées bien avant nous par le monde animal. Cela peut paraître parfois très très lourd, mais cela fonctionne encore chez certains sujets. Les hormones ont leurs raisons que la raison ignore. Voyez le mâle yankee, par exemple. Pour attirer sa femelle, il parcours son territoire de chasse dans un phallus roulant rouge vif dont les grondements terribles n'ont rien à envier aux brames les plus vigoureux.

Lorsque la femelle réceptive consent enfin à accepter l'accouplement, les choses se gâtent. Dans la Dodge Viper, il faut en effet enjamber l'énorme console centrale avant d'assaillir son partenaire. Pas terrible pour les l'intégrité des jupes non fendues d'origne. De plus, l'espace mesuré du poste de conduite annonce des cognements en série dans la fureur de l'action et le mobilier de bord est à la merci du premier coup de rein trop fougueux.

Arrêt obligatoire au premier hôtel en cas d'urgence génitale !