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On n'y peut rien, depuis des décennies rouler en BMW est aussi connoté que le port du Perfecto. Et si en plus vous jetez votre dévolu sur le roadster Z3, il vous faudra assumer l'image de garçon-coiffeur inhérente aux cabriolets au raz du bitume. Pour l'homme de goût, cela fait beaucoup de catégorisations à la fois. Il y a cependant Z3 et Z3. En effet, le coupé extrapolé du roadster est un cas à part qui mérite examen. Non content de ne ressembler ni à une Béhême ni à une Z3, ce drôle d'engin se classe dans la micro-niche désertifiée des breaks de chasse. On n'a pas dit break de classe.

La dernière décennie du vingtième siècle marque la renaissance des voitures de minets. Dans les années 1980, ces petites décapotables au raz des pâquerettes et autres coupés claustrophobiques avaient pourtant failli disparaître, victimes des crises et normes sécuritaires d'un nouveau monde beaucoup moins insouciant. Pour les remplacer, les jeunes cadres dynamiques et autres mâles alpha ont certes trouvé dans les GTI leurs nouvelles coqueluches. Cependant, il ne s'agit là que de berlines de masse bolidées. Dans les années 1990, la persistance d'un horizon économique morose nourrit une nostalgie croissante pour des Trente Glorieuses idéalisées. Mazda flaire le filon. Avec la MX-5, le japonais ressuscite le mignon petit cabriolet à carrosserie dédiée.

Un coup de maître qui réveille la Vieille Europe ! Entre 1994 et l'an 2000, Alfa Romeo, Fiat, MG ou Audi revisitent à leur tour la mythologie automobile des sixties. Même BMW s'y met. Sa Z3 lancée en 1995 fait un malheur mais comme toutes les voitures à la mode, elle n'échappe pas aux quolibets ni aux étiquetages. La Z3 1,9l à quatre cylindres est la version "pour filles" tandis que les 2l et 2,8l à six cylindres concernent les "garçon-coiffeurs". Et ce malgré la caution virile de James Bond dans Golden Eye !

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Toutefois, au pays de la Grosse Bertha, la surmotorisation est une tradition aussi essentielle que la fête de la bière et la Z3 a naturellement droit à sa version M sous stéroïde. Sorti en 1998, ce sèche-cheveu à grande vitesse bénéficie des 321 ch de la M3 3.2 (E36). Du très très lourd. Trop peut-être pour la rigidité limitée de cette baignoire roulante que les ingénieurs envisagent de renforcer par l'adjonction d'un toit dur. L'idée du Z3 coupé prend forme, mais contrairement aux Triumph GT6 et MGB GT d'antan, c'est un pavillon coudé et non fuyant que Burkhard Gösched propose à sa hiérarchie. Il s'agit donc d'un break de chasse. Contre toutes attentes, l'idée, des plus originales, est validée et débouche en série dès 1999. Cette étonnante mutation fait passer la Z3 du statut de voiture à la mode volontiers snobée à celui de rareté appréciée d'une minorité avertie.

p0010093En se faisant break de chasse, la Z3 entre dans une micro-niche tenant du club très fermé. Avant elle, la Volvo 480, plus produite depuis 1995, en a été le dernier membre. La métaphore du club sied fort bien à un type de carrosserie originellement destiné aux gentlemen anglais s'en allant chasser sur leurs terres. Voilà qui nous éloigne d'autant de l'imagerie traditionnelle de la BMW : coach pour prendre la fuite après un braquage ou superberline prédestinée au transport de drogue. Qu'on se le dise, la Z3 coupé ressemble à tout sauf à une Béhême. Imaginez, si vous le pouvez, un croisement entre une Jaguar E-type et une Reliant Scimitar. Cette Z3 évoque davantage une culture automobile britannique qu'allemande. Pas mal pour une BMW qui nous vient, autre particularité, de Caroline du Sud

La version M a beau partager son moteur avec la M3, elle n'en demeure pas moins la complète antithèse. Oubliez la sportive banalisée ultra-polyvalente qui fait référence, la Z3 coupé, elle, propose un voyage en rase-motte à bord d'une GT à l'ancienne au capot suggestif et aux galbes explicites. Claustrophobes et soucieux de discrétion s'abstenir. Cette voiture abhorre les compromis et pue le sexe. 

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Mieux, avec le recul, la Z3 coupé fait figure d'éléphant blanc dans sa propre famille. Elle n'a succédé à aucun modèle et n'aura pas de remplaçante dans la gamme. La Z4 coupé qui lui fait suite, en 2004, renoue avec le toit fuyant et n'est donc plus un break de chasse. Objet roulant non identifié parmi les Béhêmes, La Z3 coupé a donc tout pour séduire les amoureux de belles mécaniques réticents à l'idée de s'afficher en BMW. Théoriquement.

En effet, différent ne veut pas dire meilleur. Ni plus beau. Franchement, avez-vous envie de vous balader dans une voiture qui ressemble, de trois-quart avant, à un phallus renversé pourvu de dents de lapin frontales ? Moi pas. De trois quart arrière, le curieux décrochement des ailes élève la poupe à la manière d'une gogo-danseuse qui tend la croupe pour exciter le mâle en manque. Si cette voiture sent le sexe, je préfère pour ma part l'érotisme à la pornographie. Par ailleurs, on aurait pu se passer des fausses branchies de requin, ridiculement inutiles sur une voiture déjà très agressive visuellement.

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En définitive, cette voiture, plus qu'intéressante au premier abord, se révèle trop bizarre, trop bancale, trop mal élevée pour un authentique break de chasse. On l'imagine plus facilement devant une boîte de nuit à six heures du mat' au milieu d'une faune titubante que devant un élégant cottage en compagnie de Monsieur en costume de chasse à courre. Rien à faire. Cette voiture, comme la plupart des BMW, flatte plus l'instinct que l'oeil.

J'aime mieux ne pas essayer. Je risquerais d'aimer.