Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

07 avril 2009

Décadence (II).

c13

Elle aura connu trois interprètes de James Bond et autant de changement de propriétaire à la tête d’Aston Martin. Faute d’argent dans les caisses, la V8, née DB-S en 1966, aura défendu les couleurs de Newport Pagnell pendant près d’un quart de siècle. Une éternité qui a laissé des traces, comme l’atteste la V8 Vantage Volante, ultime avatar dévoilé en 1986.

A l’image de ces cathédrales gothiques dont la construction s’étalait sur des siècles au grès des rentrées d’argent, cette fin de race porte en elle la marque des différentes époques qu’elle a traversées. La large ouverture frontale cernée de phares circulaires en coin nous rappelle toute la fascination exercée par les muscle cars US sur les stylistes européens à la fin des années 60. Au milieu des années 80, Aston Martin n’a pas non plus résisté à la vogue des kits de carrosseries et autres élargisseurs d’aile, suivisme regrettable qui nous évoque aujourd’hui d’obscures références du custom pré-tuning définitivement oubliables.

Les sceptiques auront également noté avec quel bonheur s’accommodent pare-chocs chromés tout droit sortis des sixties et monstrueux spolier typiquement eighties. On appréciera l’occultation sans nuance de la calandre au travers de laquelle jaillissent deux phares aussi harmonieusement rajoutés qu’un bonhomme Michelin sur le toit du camion à Cherokee l’apache. Le même souci de cohérence stylistique a motivé le montage de rétroviseurs dignes du rayon accessoires de Norauto, de simplistes miroirs qui feraient passer les coquilles aérodynamiques d’une CX 25 RD pour de remarquables sculptures contemporaines. Ne le répétez pas de peur de tuer le mythe, mais il se murmure que les Aston Martin Virage et DB7 qui suivirent ont utilisé ces mêmes rétros de CX.

Reconnaissons néanmoins à Aston Martin le mérite d’avoir renoué avec les carrosseries découvertes à une époque peu favorable à ce genre de dérivés, même si la vogue actuelle des toits escamotables nous a fait passer le goût du peu raffiné boudin de la housse de capote.

Si cette auto fut un temps une icône, on regrettera que les idoles des sixties n’aient pas eu la chance de mourir jeune. Au crépuscule de l’interminable lignée des Aston Martin DB-S et V8, force est de constater qu’il ne reste plus grand chose du dessin original de William Towns sinon une boursouflure ankylosée façon Mad Max ou K2000 dont le goût incertain évoque davantage les frasques de Las Vegas que le chaleur feutrée d’un club londonien. L’image policée des prestigieuses DB en prend un coup, et ce genre d’errance contraste d’autant plus avec l’image de rigueur quasi clinique aujourd’hui revendiqué par Aston Martin.

Reste le témoignage pittoresque d’une ère peu regardante sur l’anachronisme. La fureur exhibitionniste de ces années d’arrogance vroum-vroumesque ne fut pourtant pas du goût de tout le monde à l’époque. Le prince Charles himself demanda à Aston Martin de lui livrer sa V8 Volage Violente (sic) sans verrue ni excroissance, preuve irréfutable d’une capacité de discernement certaine chez les sommités légumières.

Posté par Laurent B à 10:48 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


06 mars 2009

Genève 2009 : Apocalypse now

2009_03_05_Aston_Martin_Lagonda_001

2009_03_05_Aston_Martin_Lagonda_002

2009_03_05_Aston_Martin_Lagonda_003

colonel_kurtz

_ The horror ! The horror !

Posté par Laurent B à 10:46 - Aston Martin - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2008

Vrais faux-semblants.

c35

Le snobisme est une bulle de champagne qui hésite entre le rot et le pet disait Gainsbourg en acteur lucide de cette grotesque comédie qu’est la jet-set.

Il n'avait pas tort ! Regardez-les ces péteurs dans la soie, s’afficher ostensiblement au festival de Cannes, les cheveux gominés, le costume tiré à quatre épingle et la mamelle gainée, tout cela pour aller mater des gros porcs en train de forniquer bruyamment dans des films dits « d’art et d’essai ». Ceci fait, ils se complaisent à longueur de garden-party entre futiles minauderies et flagorneries surfaites autour d’un verre de Sauternes fruit du labeur de cul-terreux dont les châteaux Yquem et autres La Tour Blanche seraient bien en peine d'exhiber de peur d’offusquer leur aimable clientèle. En effet, les pauvres, ces gens vulgaires et sans raffinement, n’ont pas la décence de brandir l’alibi culturel lorsqu’ils parlent de merde.

Ceci dit, tous les riches ne pensent pas qu’un ouvrier ressemble à une statistique, loin s’en faut. En effet, depuis quelques années, le dernier chic dans les milieux distingués consiste à s’afficher dans une voiture de luxe faite des mains d’un ouvrier, un vrai.

De la masse laborieuse, les propriétaires d’Aston Martin ou de Bentley n’avaient aperçu jusqu’alors que des photos, à longueur de brochures publicitaires, où les mains expérimentées besognent amoureusement l’aluminium ou la loupe d’orme. Depuis, les firmes de luxe ont pris l’habitude de convier leurs clients à venir faire les touristes en leur "manufacture" afin d’admirer les braves gars oeuvrant à l’édification de leur gloire ambulante (Ndrl : à quand une visite guidée des hautes sphères dirigeantes à l’intention des cols bleus ?) Le succès rencontré par ces nouveaux zoos humains implique bien sûr son cortège de prestations folkloriques telles que le reportage photo chez Morgan ou le moteur dédicacé chez Bentley.

Evidemment, on a scrupuleusement veillé à dépunaiser les calendriers New Look et à cacher les revues porno de derrière les établis. Des fois que l’on soupçonne les mains expérimentées de besogner autre chose que l’aluminium et la loupe d’orme !

Posté par Laurent B à 22:24 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 novembre 2008

Triple Zéro.

007_quantam_of_solace_trailer

Je laisserai à Télérama le soin de tailler un costume au dernier James Bond Triple Zéro, bien conscient que la surenchère d'explosions de ce navet est inversement proportionnelle à la substance du film. En bref, autant Casino Royale avait renouvelé la série avec un étonnant Daniel Craig campant un Bond plus jeune, vulnérable et complexe, autant Quantum of Solace retombe dans les clichés les plus téléphonés de la machine à fric.

Même les amateurs d'Aston Martin s'ennuieront. Cinq minutes avaient suffi à Bond pour plier la DBS dans Casino Royale. Dans ce nouvel opus, elle disparaît définitivement au bout des dix premières minutes du film après une improbable course-poursuite avec une Alfa 159 V6.

Reconnaissont tout de même à Quantum of Solace le génie de facturer au spectateur la publicité implicite pour la nouvelle Ford Ka. De la réclame payante, vous dites ? Vu l'état actuel de la marque à l'ovale bleu, c'est presque faire preuve de charité.

Posté par Laurent B à 17:35 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 janvier 2006

Science sans fiction (II)

c25

A peine installé sur le siège du capitaine Kirk, je me sens déjà dans l’antichambre du cosmos.

Sous mes yeux, une galaxie de diodes électroluminescentes constellent un ciel de roman SF. Je cherche dans cette nuée d’astres étincelants de quoi rejoindre l’hyperespace en vitesse lumière. Au hasard de mes tâtonnements sur d’étranges claviers tactiles s’illuminant sous mes doigts, des combustions de turboréacteurs retentissent dans mon dos tandis qu’au dehors, les lumières de l’éclairage public se dissolvent en fines raies blanches à mesure que ma nef interstellaire s’arrache à l’attraction terrestre. A peine a-t-elle quitté l’atmosphère que l’ordinateur me somme de lui indiquer notre destination.

C’est décidé, nous irons vers Jupiter sonder les mystères de l’univers dans le sillage de Kubrick et de l’énigmatique monolithe noir. La voix synthétique me remercie et calcule l’itinéraire le plus sûr en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ce serait dommage de risquer un impact d’astéroïde au prix du pare-brise chez Aston. Au retour, je désactiverai le pilotage automatique et me mettrai en mode submarine, histoire d’aller pêcher une appétissante sirène dans les flots étincelants de Coral Harbor. Non content d’avoir fait du système solaire mon carré de jardin, je ne me contenterai certes pas d’une simple tisane avant d’aller au lit.

Trève de bavardages. Les 5,3 litres de brutalité maîtrisée me transportent déjà vers d’autres cieux, la route aux étoiles s’offre à moi. Alors que défilent les automobilistes lambins dans le rétroviseur, je saisis mieux le sens de l’adjectif anglais « pop-eye ». Il n’y a rien d’étonnant à ce que les yeux leur en sortent des orbites, à ces braves gens. Ils n’ont jamais vu de vaisseau spatial planer à si basse altitude.

Arrivé à la station service pour effectuer le plein de kérosène, je crains de raviver la haine des riches chez les collectionneurs de points Total, mais l’envie de tester les réactions humaines excite en moi la plus perverse curiosité. Surprise et consternation, la Lagonda glisse dans le morne quotidien et les mines d’ordinaire ennuyées des passages à la pompe se muent en illumination béate. Pas de regard en biais comme je le craignais, mais plutôt une expression déconfite consécutive au passage d’un OVNI.

Les aliens, semble-t-il, échappent à la lutte des classes. Monsieur Martin fait déborder son réservoir, les djeunes multiplient les « j’hallucine » dans la limite de leur vocabulaire formaté, le caissier interchangeable est scotché contre sa vitre alors que ses poireaux de clients tendent déjà le bras, appareil numérique au poing. Même les mômes dont ont pouvait croire la curiosité intellectuelle à jamais annihilée par l’overdose de télé n’ont d’yeux que pour l’Apparition. Eux aussi voudraient faire un tour dans le cosmos, tant il est vrai que l’on a jamais été aussi bien sur Terre que dans l’Espace. Et après pareil choc, comment voulez-vous faire remonter la marmaille dans le Scénic à Papa ?

Ma petite expérience accomplie, jubilant comme un gosse, j’en oublie de m’acquitter de ma passable besogne ravitailleuse et file dans l’hyperespace périphérique sous les regards médusés. On a beau dire, pour un engin conçu en des temps si lointains, l’Aston Martin Lagonda me semble encore en avance de quelques années lumière.

Posté par Laurent B à 16:58 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Science sans fiction (I).

lagonda_red_f

Entre l’Antiquité flamboyante des swinging sixties et la Renaissance néo-rétro fin de siècle, les années 70/80 n’évoquent qu’une obscure parenthèse moyenâgeuse aussi peu connue que mal aimée. Chez Aston Martin, on en sait quelque chose. Entre la dernière DB de David Brown, amputé de ses prestigieuses initiales en 1972, et la première DB de l’ère Ford qui reprit le flambeau vingt et un ans plus tard, la petite entreprise sombra dans le chaos des faillites et changements de propriétaire à répétition sans autre perspective d’avenir que des replâtrages d’un unique coupé V8 bien usé par le poids des ans.

Et pourtant, dans le macabre tourment de ces âges obscurs, il y a eu ça. Cette chose, cette machine. Objet non identifiée venu d’un autre monde, elle met la raison en déroute, assèche le verbe à force de tutoyer l’indicible, ne retient pas le regard mais le saisit violemment. L’étourdissement du premier abord surmonté, on reste ahuri devant l’audace insensée de ces lignes tendues à l’extrême, impressionnantes de virilité suggérée et d'élan contenu.

Fantastique engin qui, même immobile, semble fendre les airs. Le nez, que dis-je, ce cap, cette péninsule ciselée au rasoir, semble davantage destinée à une rampe de lancement qu’à une rampe de parking souterrain. Libéré des contraintes castratrices de la grande série, ce diable de William Towns a signé là une œuvre absolue, radicale, sans compromis, terriblement efficace dans sa pureté formelle.

Elle n’aurait pu n’être qu’un gimmick de salon, vision naïve d’un futur fantasmé sur fond de conquête spatiale revisitée façon Star Trek. Cela eut sans doute suffi à meubler l’espace médiatique à moindre coût. Pourtant, contrairement à la Bulldog, cet autre délire imaginé par Towns, l’Aston Martin Lagonda ne s’évanouira pas dans la nature sitôt les lumières des shows éteintes. En 1978, deux ans après son atterrissage fracassant au salon de la soucoupe d’Earls Court, les premiers nababs prenaient livraison de leur nouveau caprice. A ce niveau de science sans fiction, seul Citroën dans ses plus fastes années Michelin aurait pu se permettre pareille fulgurance, et encore. L’OVNI demeurera au catalogue Aston Martin jusqu’en 1990, une longévité exceptionnelle ramenée à l’excentricité de la chose dont 650 exemplaires furent envoyés sur Terre.

L’un deux a fini par échoir entre mes mains. Mon acharnement quasi maladif à rester en dehors du troupeau me prédestinait à cette rencontre du troisième type le temps d’un tour de chauffe aux confins de l’espace. Rien de tel pour une mécanique intersidérale que quelques centaines de millions de kilomètres hebdomadaires pour rester en forme passé le cap de l’année lumière au compteur.

Posté par Laurent B à 12:43 - Aston Martin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1