30 juin 2007
Montre molle.
Le corps terrassé d'amour, je m'éveillai ce matin-là encore englué dans les muqueuses entrebaîllées d'une indolente aux soupirs languissants. En m'extrayant péniblement du flasque mollusque où je bandais mou, je tentais de reprendre une quelconque consistance, soudain animé par une substantielle faim de viennoiseries chaudes.
Je me coulai dans de lâches frusques négligemment abandonnés sur le parquet flottant et me fondis au dehors. Je tombai là sur la vieille limace du troisième dont la poignée de main, sans plus de teneur qu'à l'ordinaire, semblait me couler entre les doigts. Puis, le pas ralenti par mes semelles gélatineuses par trop adhérentes, j'arrivai en nage devant mon gnangnan mitron, lequel me tendit avec une conviction démissionnaire ma ration de panade de temps à parapluie. J'allai rejoindre le gastéropode humain où je m'abrite le bigorneau quand se produisit le choc.
Là, sur le pavé humidifié de bruine, dégoulinaient les lignes mollassonnes d'une Lancia K. Kafkaïenne à force de monstruosité, l'auto avait pris la consistance de la crème renversée. Orné de quincailleries chromées, luisantes comme du coulis gras sur un flan nappé, ce qui n'était plus guère qu'un pudding automobile suintait sous mes yeux déconfis comme de la gelée fraîche.
C'est en regardant ma montre molle que je compris que je nageais en plein trip salvadordalien.

