Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

05 février 2009

Econduire l'Exigeante.

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Réflexion faite, la Lotus Exige n’est sans doute pas le meilleur remède au célibat en ce mois de matraquage saint-valentinien où le romantique moyen réalise avec angoisse qu'il n'a plus de présentoir à pipe. Le propos aurait pu sembler hors de proportion si notre première prise en main n’avait ramené l’Exige à sa juste échelle, celle des rases-motte. La lutine est à ce point lilliputienne qu’elle vous dissuadera de vous frotter au moindre monospace compact de peur de vous faire hâcher menu. Pas très engageant pour une future mère pondeuse qui préfèrera le profil plus sécurisant d’une Rolls des sables !

Pauvre petite Lotus ! On ne descend pas dans une Exige. On ne s’y engouffre même pas. On s’y calfeutre comme dans un carton à chapeau. L’accès à bord nécessite d’enjamber préalablement l’énorme longeron. Ensuite, arc-boutez-vous pour passer sous la ligne de toit sans bobo. Si vous n’êtes pas trop épais, vous pourrez espérer vous incruster entre l’envahissante traverse latérale et le tunnel de transmission. Passée cette peu gracieuse acrobatie, essayez d’embarquer à bord la jambe que vous aurez laissée au dehors sans esquinter le tableau de bord avec le pied.

Inutile d'ajouter que si vous projetez de ramener votre ravissante secrétaire au sortir du bureau, veillez à ce qu’elle ne porte pas de jupe trop serrée. A moins qu’elle ne l’enlève, ce que je vous souhaite, c’est la déchirure assurée, pour la jupe bien sûr, mais surtout pour votre idylle.

Enfin, vous voilà installés. Si d’aventure le pédalier vous semble trop décalé vers la droite, sachez qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement. Chez Lotus, on vous aura prévenu, le client s’adapte à la voiture et non le contraire. Les omniprésents longerons bruts de fonderie confinent l’habitacle dans une délicieuse intimité ou une nauséeuse promiscuité suivant que votre passagère s’appelle Catherine Zeta-Jones ou Catherine Millet. Dans tous les cas, ne jetez pas votre dévolu sur une taciturne coincée de la conversation, car le peu de distraction offert par l’instrumentation kolkhozienne ne vous occupera guère entre deux épisodiques réflexions sur le temps qu’il fait. Tout au plus pourrez-vous faire divaguer votre imaginaire au-delà de la zone rouge culminant à 8000 tours quand l’écrasante majorité de vos compatriotes diésélisés ne s’aventurent jamais plus au-delà des 5000.

De quoi meubler les silences de votre inhibée poupée, car le passager clandestin que vous avez dans le dos, lui, est plutôt du genre exhibitionniste. Un bref regard jeté derrière vous par la vitre impudique vous rappellera la présence du moteur 1,8l en position centrale arrière. A vous de choisir la votre et soyez rassurés quant aux bruits qui courent, celui de ce teigneux bloc Toyota couvrira largement vos amours transitoires. Alors, lâchez-vous, les verrouillages fermes et précis de la boîte ultra-courte sauront peupler l’inconscient de votre bêcheuse d’allusions phalliques à même d’influencer favorablement son degré d’hydrométrie.

Voilà, vous savez tout. Une fois les clés en main, vous aurez mis un maximum de chances de votre côté. Surtout ne faîtes pas de bourde, sachez éviter les pièges et si tout se passe bien, vous découvrirez la présence d’eau chaude chez la femme en plus d’avoir essayé un aspirateur à pépée comme on n’en fait plus.

(Dédicace au gang distingué où j'ai mes habitudes)

Posté par Laurent B à 11:55 - Lotus - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 décembre 2008

Citrouille transgénique.

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Minuit moins le quart, Nationale 134, circuit ouvert à la raison du plus fou. J'étreins la route entre Aires sur l'Adour et Pau. Dans ce corps-à-corps à quitte ou double avec la force centrifuge, je m’envoie en l’air à chaque virage. Derrière, la S4 a lâché prise, même la M3 n’a pas tenu de rythme. Seule la Carrera 2 s’accroche encore. Je sens son souffle rauque pulser dans mon dos. La lutte pour l’honneur m’envenime, m’emporte dans sa sublime absurdité. Cinq mille tours minute et encore du coffre, la furie débridée de mes six cylindres en ligne a réveillé la bête humaine. Alors, approche, jolie môme, viens que je t’emmène à présent sur mes terres, là où même les Porsche ne m’effraient plus !

J’attaque, mords méchamment la corde, tends ma trajectoire sur toute la générosité d'une ample courbe. A la reprise en sortie, les élans lyriques de mon pur-sang me propulsent dans des états d’euphorie orgasmiques. Hurle, vocifère, rends-moi fou ô ensorcelante catin d’acier incandescents et de cuirs érogènes ! Cinquième, quatrième, pied à la planche, le coup de grâce. 180, 190, 200... point de limitation autres que celles fixées par la faucheuse.

A la radio, Noir Désir éructe son désespoir de vivre. Le vent nous portera, toi et moi, prions seulement le Diable de mourir jeunes ! La route me paraît déjà trop étroite quand les bordures de platanes referment sur moi leur cercueil de verdure. Je touche l’absolu du pied droit tandis que mon existence défile à près de 300 à l’heure jusqu’à ce que sonne l’hallali, là-bas, au bout de la ligne droite. Contempler la Mort au plus près du gouffre, quelle incommensurable vanité de oisif blasé de vivre !

23h 59. Un brusque à-coup et mon aileron se barre. Je crains l’embardée. Je sens un soudain flou dans ma direction, mais que m'arrive-t-il ? La Carrera refait surface. D'ordinaire, monter en régime m'aurait suffi à la descendre pour de bon. Las, plus de réponse sous le pied droit. Le cauchemar. La cavalerie n’arrive pas à la rescousse. Mes forces s’amenuisent. Il me semble tourner sur cinq pattes et voilà que je perds un cylindre supplémentaire ! O rage, ô Diesel ennemi, ma zone rouge est redescendue dans des abîmes de médiocrité agricole ! Je n’entends plus que le râle déchirant d’un veau qu’on étouffe. Plus rien au dessus de quatre mille tours. C’est fini, la 964 m’envoie dans les cordes. Impossible de revenir. Je crois partir pour de bon dans le décor alors que je me déhanche comme un landau et que mes pneus éreintés me crient d’achever leur supplice. Ma tenue de cap confine au flou artistique. J’ai dû crever. L’angoisse du louvoiement s’empare de moi. Il faut tout arrêter. Au moindre coup de frein, mes pauvres plaquettes semblent déjà partir en fumée. Ça sent le roussi, mon terrain de jeu favori n’est plus qu’un chemin de croix.

Minuit passé d’une minute. Par miracle, je parviens à achever ma course en un seul morceau, non sans avoir labouré le bas-côté. Le passage foudroyant de mes adversaires me ballotte comme une coquille de noix. Je descends constater les dégâts. Horreur, ma caisse est nue de tout habillage aérodynamique. En lieu et place de mes jantes de supercar, je ne trouve que la platitude désopilante d’enlaidisseurs en plastique ceints de misérables galettes tendres. Consternation et bouche bée, mes montes pneumatiques ont rétréci de cinq ou six pointures au moins. Retenant un cri, je m’écroule à même le sol sous le poids de la confusion. Au bord de la crise de nerf, j’ose encore regarder dans les phares ma mutante, laquelle ne me renvoie qu’une expression idiote de cétacé inoffensif.

La fée Lotus avait dit vrai. Passé minuit, l’Omega est redevenue citrouille.

Posté par Laurent B à 07:09 - Lotus - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 décembre 2008

PPW 306R.

Lotus_Esprit_Spy_Who_Loved_Me

Non content de sauver le monde pour que nous puissions mieux jouir de la tartine qui se brise lors des matins difficiles, l'agent triple zéro aurait également préservé la fierté britannique d'une immanquable marginalisation internationale selon une thèse trop soporifique pour en faire ici la publicité. Mission accomplie vu le culte universellement rendu au beau James dont l'une des voitures a trouvé récemment preneur aux enchères pour plus de 131.000 euros.

Cette Lotus immatriculée "PPW 306R" ayant fait oeuvre publicitaire dans "l'Espion qui m'aimait" en 1977 aura marqué les Esprit. Quel trentenaire n'a pas joué avec sa reproduction en miniature par Corgi ? Tellement plus pure dans sa robe immaculée que les Turbo bodybuildées pour pretty women à instinct basique, il s'agit là de l'Esprit originelle, le type 79 en jargon d'usine. Saisissant manifeste du délire cunéiforme sévissant à l'époque, cette sculpture signée Giugiaro étonne moins par ses arêtes à vif que par la justesse de ses proportions. Aston Martin Bulldog, Giugiaro Medusa et autres Citroën Karin passeraient à côté pour d'hideux fromages de chèvres. Dévoilée en tant que maquette en 1972 (il y a déjà 36 ans !) livrée aux essuyeurs de plâtres trois ans plus tard, l'Esprit aura duré jusqu'en 2004 après qu'un habile restylage lui ait adouci les angles, en 1987. Evidemment, cette Esprit-là aurait hanté moins longtemps le catalogue Lotus et les amateurs de pur-sangs n'auraient pas attendu le V8 comme Godot si seulement Colin Chapman avait eu la santé financière de la famille Quandt (Ndrl : actionnaires historiques de BMW). Toutefois, même si en 2004, les phares rétractables trahissaient un lointain passé, les GT demeurées à la page pendant un quart de siècle ne s'en comptent pas moins sur les doigts d'une seule main.    

L'Esprit aura certes moins vieilli que son navet d'écrin publicitaire qu'une bienveillante nostalgie permet de revisionner aujourd'hui sans moue désaprobatrice. Décors démesurés, méchant mégalomane, Bond girls troubles et patibulaires aux mâchoires d'acier font partie des fondamentaux du genre tandis que l'inimitable flegme de Roger Moore efface ficelles un peu grosses et effets spéciaux disons... datés. Le thème musical de 007 revisité façon disco rythme l'échappée de l'Esprit prise en chasse par un hélicoptère armé jusqu'aux dents alors qu'à travers le cockpit, la sculpturale pilote adresse un dernier sourire mortel à Bond. Par la grâce de Q, la Lotus se transforme en sous-marin de poche pour échapper à sa poursuivante. 

Ironie de l'histoire, l'Esprit type 79 n'avait pas encore de châssis galvanisé. Pour une auto submersible, la précision ne manque pas de sel.

Posté par Laurent B à 07:22 - Lotus - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 décembre 2008

Angelina.

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De la supériorité absolue du deuxième sexe sur les mâles beuveries de troisième mi-temps, Angelina m’en avait amplement convaincu à force de démarche féline et de langueurs affolantes, lors de ces étés torrides où son impudeur me laissait entrevoir l’antre du buisson ardent. Angelina n’avait certes pas inventé la culotte remonte-fesse ni le préservatif rhum-coco, et ses débardeurs à l’opacité douteuse m’ont davantage posé de problèmes métaphysiques que ses thèses sur le discours de la méthode, mais à mes yeux aveuglés de désir, la pire des bimbos ne se serait jamais abaissée à descendre aussi bas dans la médiocrité qu’un crétin velu la queue en l’air.

Le soir venu, lorsque nous descendions le front de mer à bord de sa jolie petite Lotus jaune, je jurais qu’aucune femme n’eut été assez minable pour jamais s’acheter un 4x4. Assez imbécile pour se croire invulnérable dans un pavé lourdingue. Assez lâche pour intimider de son tank tous ceux dont le véhicule accuserait une carrure moins dissuasive. Assez abrutie pour rouler sur les itinéraires pédestres comme sur une nationale au mépris des troupeaux et randonneurs. Assez pitoyable enfin, pour faire des promenades bucoliques en sous-bois le consternant spectacle de crapahutages grotesques.

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Je perdis définitivement ma débilité quelques années plus tard, ce jour sinistre où j’ai retrouvé Angelina sur le parking d’un temple de la consumation (sic) de masse. Je la revois encore avec son chariot, se démener dans ses bourrelets naissants de mère pondeuse usée avant d’être vieille, accablée par son monstre à poil et ses petits tyrans déficitaires en paires de baffes qui usaient de chantage lacrymal pour une histoire de marque céréalière. Je devinais, sous son maquillage cireux de mort-vivante, ses premières ridules et derrière ses lunettes d’enterrement, son regard éteint, ruiné par l’assommoir quotidien d’un bonheur artificiel en trois sans frais.

Horreur, la jolie Lotus de nos étés révolus avait laissé la place à la dernière monstruosité à la mode dont le nom aussi poétique que "Defoncer", "Terrasor" ou "Deforester", m’afflige encore. Elle l’avait garée juste devant l’entrée, sur l’emplacement dévolu aux handicapés. Tout ça pour épargner à sa marmaille l’outrage inadmissible de cinquante mètres de marche à pied. Puis elle est partie, vulgaire et sans grâce, dans les effluves de son turbo-tracto-sport. J’en ai pleuré.

Moralité : maintenant qu'elles ont accès aux mêmes attributs virils, les femmes sont définitivement les égales des blaireaux.

Posté par Laurent B à 07:52 - Lotus - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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