20 février 2009
Genève 2009 : Brabus G V12 ou la Mercedes en classe SM.
Comme vous, il ne s’habille qu’en noir. Ses lignes sont plus cinglantes que la morsure de votre fouet, sa peinture plus léchée que vos cuissardes et son allure, plus autoritaire que le claquement de vos talons aiguilles. Dominatrices et dominateurs, préparez-vous à faire jouir de douleur ! Rien que pour votre sévisse, les psychopathes de Brabus ont mis à votre disposition la Mercedes G en classe SM.
Non content de chasser de la file de gauche les automobilistes faibles qui oseraient ne pas se ranger devant vous, vous pourrez transporter vos esclaves sexuels que vous enchaînerez sur de sévères banquettes revêtues d’un cuir aussi heureux qu’un concert de Black Metal après un bad trip. Avec le G V12, mon Dieu que c'est bon, on souffre en famille !
A la moindre protestation de vos passagers, un bouton placé sur le tableau de bord vous permettra de faire jaillir clous et pointes des assises et du plancher arrière. Haï ! ça fait mal derrière, mais les cris de douleur vous excitent tellement ! Et si malgré ce genre d’attentions, vos esclaves n’apprécient pas vos dons pour le dressage, enfermez-les dans l’habitacle et faîte leur goûter à toute l’intensité dramatique d’un concert de Rammstein – bien connu pour ses berceuses et autres chansons douces dignes de la Grosse Bertha – volume à fond, oreilles collées à quelques uns des vingt-cinq haut-parleurs. Malheureusement, ils ne pourront pas souffrir plus d’une demie-heure – temps nécessaire à mettre les deux batteries complètement caput.
Pour ne léser personne, et surtout pas vous, il vous restera à vous munir d'un câble d’acier et à traîner vos chers petits soumis d’amour derrière le G V12. Pied au plancher, cela va sans dire. En espérant (pour vous) que vous soyez encore sur la route au-delà du premier virage, tant il est vrai que dompter près de 700 chevaux montés sur un châssis de bahut et des essieux de charrette marocaine, relève de la témérité.
Voire du masochisme.
13 février 2009
Etoile malgré lui.
C’était un solide gaillard doué d’une solide constitution que rien ne prédisposait à jouer les stars. Elevé au fin fond de la Styrie, dans un milieu où le prestige des cheveux longs n’égalait pas tout à fait celui de la veste brandebourg, il ne rêvait que de montées au front dans l’ivresse et le sang, de charges héroïques au son du clairon, de gloire par le fer et le feu. Physique martial et grégarisme troufion le prédestinaient à embrasser le drapeau et marcher au pas. Le service militaire fut pour lui l’occasion d’affirmer d’impressionnantes capacités de franchiseurs de lignes Maginot ainsi qu’une remarquable aptitude à la survie en terrain hostile.
Très vite avisée des retombées pécuniaires qu’elle pouvait tirer d’une telle force de la nature, sa famille allemande lui refusa la vie de caserne qu’il convoitait. En tant qu’ambassadeur de choc de la qualité Mercedes, notre benêt dut porter l’étoile argentée jusque dans les contrées les plus reculées, mais tandis qu’il s’attachait bon gré mal gré à se tâche bassement promotionnelle, le réserviste de classe G, série 460, attendait ardemment de tomber en héros, sinon en compote, durant la Troisième Guerre Mondiale. Hélas pour lui, le mur de la honte entraîna dans sa chute ses plus beaux espoirs de boucherie sous la neige quand la menace d’une invasion de moujiks enragés se fit de plus en plus improbable. Qu’allait-il donc devenir ?
En cette année 1989 honnie des va-t-en-guerre, les stratèges de l’étoile l’envoyèrent disputer au Range Rover les faveurs des nouveaux riches. Une mission d’affable émasculé pour notre frustré du treillis, mais le pire était encore à venir. En glissant irrémédiablement du type W460 au modèle W463, du 240 GD agricole au G500 décadent, l’ancien mulet à quatre pattes se mit en huit, dut plier ses dons manuels aux asservissements électroniques et, comble du déshonneur, troquer sa toile militaire pour le plus salace des cuirs luisants. Et pour le rendre plus sexy encore à l’heure où les Hummer de l’US Army commençaient à exciter la libido des beaufs enrichis sur toutes les chaînes de télévision, on lui administra les stéroïdes et agents dopants nécessaires à l’exhibition décomplexée de son profil parallélépipédique.
Alors qu’il s’apprêtait à conquérir le Nouveau Monde, vingt ans après une autre armure à glace autrichienne devenue depuis Governator de Californie, on l’affubla de parures clinquantes de courtisanes patentées et autres chausses taille basse d’allumeuses en chaleur. Au pays de toutes les orgies, la faune du show-biz, Pamela gonflables et consorts n’eurent bientôt d’yeux que pour ses arrêtes vives et ses plates surfaces. Une star était née. Bien malgré elle.
La dernière fois que l’ai vu, c’était aux abords d’un luxueux bézodrome à satrape, au sortir d’une de ces soirées orgiaques où les VIP excentriques viennent promener leurs chiennes en laisse et vice et versa. Alors qu’à l’abri de ses vitrages surteintés, je ne sais quels bouffons cathodiques forniquaient dans des cris de guerre peu compatibles avec l’audition respectueuse d’une marche militaire, j’ai eu pitié de lui.
Pauvre petit soldat ! Les seuls bruits de botte qu’il n’ait jamais entendus proviennent des salopes en cuir claquetant du talon aiguille sur le marbre de la jet-set. Les seules musiques militaires sur lesquelles il n’ait jamais marché se limitent aux vomissures à décibel de quelques hard-rockers camés. Pis, la seule décoration qu’il n’ait jamais reçue - le prix Tuvalu pour contribution zélée au réchauffement climatique - lui a été attribuée par ses ennemis écologistes. Quelle humiliation pour un militaire que de se voir ainsi brocardé par la vermine verdissante ! Et pour faire déborder le vase, il aura eu la baise éclair au lieu de la guerre de position…
C’est alors que du coin de son œil tout rond de grosse brute hébétée, j’ai vu perler comme une larme. Une belle grosse larme qui semblait dire, du fond du cœur : « mon Dieu, que je suis malheureux ! Regardez ce qu’ils ont fait de moi ! S’il vous plaît, rendez-moi ma vie d’autrefois, j’aimerais tellement entendre à nouveau sonner le clairon, braver vaillamment la mitraille avec mes camarades et voir la couleur du sang !» Hélas, je ne le savais que trop, le malheureux mourra le cul dans la graisse, juché sur son socle de légende vivante. Alors, impuissant et résigné, j’ai passé mon chemin. Personne d’autre que moi ne l’aura vu pleurer. J’en suis encore tout retourné.
Alors, crésus, ploutocrates ou simple parvenus, au lieu d’aller étaler vos bonnes grâces télégéniques aux Restos du cœur pour vous excuser de payer vos impôts en Suisse, s’il vous plaît, commettez enfin une vraie bonne action, faites don de votre Mercedes Classe G à l’armée, à l’ONU ou à Al-Quaïda, peu importe, mais de grâce, rendez-le à la vie de caserne qu’il n’aurait jamais dû quitter !
11 décembre 2008
Antinomie.
S'il faut vivre caché pour vivre heureux, élites et idoles trouveront dans la nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle Mercedes Classe E le meilleur moyen de rouler à l’ombre. Encore et toujours banalisée en gris rase-muraille de peur d’attiser la haine des riches, dépourvue du chiffre de cylindrée à l’arrière pour ne pas ranimer la lutte des classes, ce chef d’œuvre de convenance BCBG restera pour longtemps l’un des moyens les plus sournoisement faux-culs de traverser crises économiques et troubles sociaux à l’abri de la vindicte populaire. Ce n’est certes pas là le signe d’un esprit très rebelle, quand bien même votre nouvelle Classe E porterait la discrète mention "Avant-garde" sur l'aile avant.
Il va sans dire qu’une Classe E packagée à l’avant-gardisme traduit le même élan de spontanéité que le mot liberté dans la bouche d'un stalinien pratiquant ou une évocation de Jean Jaurès perdue au beau milieu d’une harangue sarkozyste. Or, nous le rappellerons à ceux qui n’auraient d’autres références culturelles que l’Equipe, l’avant-garde est en matière artistique l’équivalent assez exact d’un bras d’honneur adressé à tous les conformismes. Il va donc falloir nous expliquer en quoi ces quelques 1800 kilos d’orthodoxie germanique rompent avec les conventions sociales et esthétiques d’un certain establishment. Rude gageure !
Symptomatique d’une génération ayant dissolu l'esprit de sédition dans l’aisance, politiquement correcte au point de dissimuler les plus licencieuses des grosses cylindrées sous les dehors trop oubliables d’un taxi ordinaire, conforme aux sempiternels codes esthétiques prisés des Rastignac et machiavels soucieux d’incognito, rigoriste jusque dans ses ténébreuses harmonies intérieures, la nouvelle Classe E cache fort bien les penchants révolutionnaires de conducteurs assez peu suspects d’idées contestataires.
Tant qu’à se réclamer de l’avant-garde, Mercedes aurait certes pu s’inspirer des plus audacieuses compositions de Kandinsky pour élaborer ses sinistres nuanciers, voire enluminer ses habitacles funéraires de sérigraphies colorisées à la Andy Warhol, sinon faire dans l'Art Cart façon BMW. Nul doute que le concept aurait séduit la clientèle des cuistres soucieux d’exhiber leur goût pour les arts – fussent-ils de merde enveloppée – dans les milieux tenus pour distingués.
Par quel miracle du marketing en est-on arrivé là ? Admettons que pour les non francophones, la langue de Montaigne, même employée à tort et à travers, possède d’incontestables vertus pédantes qui feraient passer nos plus viles expressions pour le comble du raffinement mondain. "Oh, France, lovely, so sweet !" Les Américains ont bien eu droit à une Renault "Encore", les Japonais à une Nissan "Chapeau" et le monde entier à des Audi "Après", pardon, "Avant", sans que cela n’empêche l’eau de mouiller. Alors, pensez-vous, une Mercedes "Avant-garde", it’s so smart !
Et si pareille antinomie ne provoque en général qu’un hochement de tête résigné, il est rassurant de savoir, comme l'avait démontré Desproges, que l'on peut très bien vivre sans aucune espèce de culture.
09 octobre 2008
Besoin d'une aimable berline familale ?
L'aimable réponse de Brabus : 5 vraies places pour la gentille petite famille - miroirs de courtoisie et boîte à gant fermant à clé pour la plus adorable des mamans - un grand coffre de 466 litres pour les jouets de Benjamin et la poussette du bébé d'amour - attelle disponible pour tirer la remorque de papa-gâteau - puissance gentiement... suffisante.
18 juin 2007
Sécuritarisme.
En automobile comme en politique, la peur est mère de tous les profits, et les chantres de l’obsession sécuritaire pourront retourner s’astiquer la libido en relisant en boucle la liste des équipements de la nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle nouvelle Mercedes Classe C. Grand bien leur en fasse, car le marché de la peur a encore de très beaux jours devant lui.
Fort de cette évidence, la firme a l’étoile songe déjà à contrecarrer la prochaine surenchère de BMW en renforçant d’ici à 2010 l’arsenal protecteur de l’actuelle et néanmoins future ancienne Classe C. De la sur-dotation de l’engin, dont nous avons déjà eu l’exclusivité de quelques fuites, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’elle légitime à elle-seule l’entrée du néologisme « sécuritarisme » dans le Petit Robert 2009.
Jugez-en donc. Du système d’assistance anticipatif d’éternuement AT-CHOOM PLUS au détecteur de terroriste embarqué PATRIOT-TRONIC III avec appel d’urgence relié au central de la CIA en passant par les essuie-glaces à capteurs de cannettes de bière RIOT-CONTROL PLUS, le système électronique de prévention des vols à la portière NO RACK-I et le brouillage radio automatique contre le terrorisme intellectuel de gauche MIND-SAFE sans omettre l’hygiaphone incorporé à la vitre conducteur MICROBE-SAFE, vous aurez un alléchant aperçu du meilleur des mondes possibles que vous envierez bientôt aux happy few touchant plus de 5000 euros par mois.
Malgré la paranoïa actuellement en vigueur chez les obsédés de l’accidentologie, il semble que les cerveaux aient failli quelque part. D’après une très sérieuse enquête d’un laboratoire indépendant qui fait déjà trembler les états-majors, un grand danger guette encore l’intégrité de la future Mercedes Classe C et de ses passagers, une menace de tous les instants, une épée de Damoclès prête à se rompre à tout moment. Par principe de précaution, Mercedes a déjà rapatrié et fait soumettre à des contrôles drastiques ses prototypes en cours d’essai aux quatre coins du monde.
Rangez vos enfants dans le placard et anticipez d'ores et déjà le couvre-feu, car après enquête, nous détenons désormais une piste risquant fort de faire l’effet d’une bombe. Nous en avons eu la révélation lors de l’avant-première de la dernière Classe C, à Genève.
Là, au milieu, des Very unImportant Persons et autres cuistres s’agitaient comme les comédiens d’un opéra-bouffe accros et à crans, faux-culs et faucons, gâteux et catins, requins et parrains, tous clients Mercedes. Après mûr examen, les frasques bruyantes de cette faune vulgaire me suffisent à faire mien l’aphorisme de Léo Campion selon lequel le chauffeur est, de très loin, la partie la plus dangereuse d'une automobile.
07 juin 2007
Perfidie.
L'hypocrisie serait-elle le salut de l'homme en ce bas-monde de tartuffes ? Ce grand fourbe de Talleyrand qui décéda à l'âge fort respectable de 84 ans après avoir léché puis lâché tous les souverains qui purent servir son ambition, nous confirme s'il le fallait encore, que l'intégrité intellectuelle n'est pas le meilleur moyen de mourir paisiblement dans son lit. Ce principe plein de bon sens, Mercedes-Benz l'a érigé en éthique en concevant l'une des sportives les plus sournoisement faux-culs de son époque et par-là, peut-être, la plus décente.
Dévoilée en septembre 1983 au salon de Francfort, la 190E 2.3-16 avait beau coûter la somme de deux 190D fadasses, elle ne vola la vedette à aucun bolide de James Bond pas plus qu'elle ne fit l'étalage de ces bandes rouge qui font aller plus vite. Son quatre cylindres ne sacrifia même pas au concours de la plus grosse gamelle couramment pratiquée au pays de la Grosse Bertha. De l'extérieur, seul un kit de carrosserie même pas futile la distingue du taxi-blues ordinaire alors que ses jantes au design compassé furent bientôt émulées par n'importe quelle Benz de romanichel.
Si pour vivre heureux, il faut vivre cachés, on aurait pu s'attendre un for intérieur plus valorisant. Las ! Du faux-bois de vieil appareil électroménager et une désespérante sellerie à carreaux grisâtres tentent sans succès d'arracher le conducteur à la sinistrose germanique ordinaire. Et si quelques manomètres parcimonieusement distillés éveillent l'attention de l'écraseur de champignon pathologique, l'on n'a pas cru nécessaire de lui épargner ce sempiternel cerceau directionnel de volant qui est au sport automobile ce que la pantoufle est au 400 mètres-haie.
Comme si cette cure d'austérité n'avait pas suffi à banaliser l'engin, le tartuffe soucieux d'incognito pouvait occulter par surcroît le sigle distinctif "2.3-16" afin de ne pas "indisposer ses partenaires sociaux" selon l'expression en vigueur chez les faux-culs éduqués.
Pour un peu, notre pharisienne faillit manquer sa vocation de mièvre familiale chérie des papas-gâteau et mamans-douceur. Quatre vraies places, vaste malle, possibilité de monter une attelle, pares-soleil occultable, les alibis abondent en ce sens, mais de l’alibi à la libido, la frontière est plus perméable que bien des vertus affichées.
Liaisons au sol « over-engineered » pour comportement routier du genre premier de la classe, plus de 80 ch au litre pour moins de 8 secondes de 0 à 100 km/h, la première Benz à quatre soupapes par cylindre ne se contenta pas de bousculer des décennies de braves mulets mécaniques. Elle inaugura aussi et surtout cette mode très lucratives consistant à dissimuler la plus grosse cylindrée possible dans la plus banale des berlines imaginables. En quatre générations de tartufferies ambulantes, du quatre pattes de la 2.3-16 au V8 de l’actuelle C63 AMG, la dotation cylindrique et cavalière des bombes funèbres de la Classe C a doublé. Le demi-millier de pur-san(g)s-plomb est en vue mais la vitesse toujours hypocritement limitée à 250 km/h, ce qui constitue bien là une sorte d'apothéose de la perfidie. Reconnaissons toutefois à cette sournoise l’immense mérite de ne pas faire semblant d'être une sportive.
21 février 2007
Cauchemar éveillé.
Ce siècle n’avait pas un an lorsque je débarquai à Paris dans la sinistrose d’un jeudi soir à remettre mon plus beau sourire à des jours meilleurs. A peine sorti de la gare Montparnasse, je pris le premier taxi afin de rejoindre au plus vite une future-ex qui m’avait ouvert ses cuisses et accessoirement son coeur. Je m’engouffrai dans une espèce de coffre-fort à roulettes percé d’étroits fenestrons. Les gens appelaient ça une Mercedes 190.
Dès la fermeture de la porte, je me sentis confiné dans un étroit réduit que me disputait un envahissant tunnel de transmission. La ceinture de caisse haute comme un rideau de fer m’emmurait vivant dans d’épaisses ténèbres.
Siège, accoudoir, moquette, tout dans cet environnement hostile était noir, sinistre, lugubre. Cette voiture avait eu beau naître au pays de l’Ode à la joie, elle tenait plutôt de la Marche funèbre. Seule forme primitive de fantaisie dans ce cauchemar éveillé, la sellerie à carreaux grisâtres me semblait aussi allègre qu’une tournée de cimetières un dimanche pluvieux de Toussaint. Charmant.
Le chauffeur taciturne, dont les muscles zygomatiques devaient souffrir d’atrophie face au mur des lamentations de la planche de bord, ne m’aidait guère à rompre le silence morbide. Comment ce pauvre homme aurait-il pu faire preuve de gouaille pagnolesque avec ces cadrans à pleurer et cet immense volant funeste en permanence sous les yeux ! De toute évidence, les ingénieurs de Stuttgart, plus doués en technique brute qu’en architecture d’intérieur, avaient omis le facteur humain au moment de concevoir la 190. La civilisation, cela ne s’apprend pas en un jour.
A défaut d’interlocuteur, je n’entendais guère que le bloubloutement lointain d’un laborieux Diesel dont je puis seulement dire qu’il tournait comme tourne une horloge pointeuse ou un tourniquet de métropolitain, c’est à dire de la manière la plus trivialement rébarbative que l’on put imaginer. Très loin d’exalter l’amour de la belle mécanique, ce moulin-là se contentait de fonctionner.
Un bouchon nous bloqua en plein carrefour. Les secondes semblaient passer comme des minutes, les minutes, comme des heures tandis que la célèbre réplique de Marlon Brando dans Apocalypse Now me traversait l’esprit en boucle : “the horror… the horror…” Cédant au découragement, je cherchais au dehors un inespéré sourire, ne serait-ce qu’une forme quelconque d’humanité, dans la jungle urbaine. En vain. En apercevant ma mine décomposée se refléter dans la vitre, je réalisai soudain que la 190 était mon corbillard attitré et le chauffeur, mon propre fossoyeur. Sur la lunette arrière, en lieu et place de l’habituel adhésif d’autosatisfaction publicitaire, je voyais en délire mon propre épitaphe.
“Ci-gît Laurent B., chroniqueur rangé des voitures“
Pris d’une furieuse envie de vivre, j’abandonnai croque-mort et idées noires en pleine rue et partis confier mon spleen à la première fille de joie…
12 décembre 2006
Manuel de survie politique.
Les putsch et les révolutions, les complots et les intifadas ne l’ont pas davantage marquée que les centaines de milliers d’heures de flonflons lèche-cul au pas de l’homme ni les centaines de milliers de kilomètres de traversée du désert au pas de charge. Son aptitude à changer de régime sans brusquer l’allure lui avait valu des amitiés à briser vingt fois bien des carrières politiques exemplaires sous nos latitudes. Salie à l’or noir, elle s’est blanchie en fonds propres. Complice des bourreaux d’hier, elle a libéré les martyres sous les acclamations et la liesse populaire.
Son absence totale de conviction l’a conduite à se vendre mille fois, mais pas à n’importe quel prix, et si bassesse pécuniaire il y eut, elle ne se serait certes pas abaissée au point de se donner. Après tant de compromissions, comment garder son étoile en haute estime dans les hautes sphères et sa cote au beau fixe dans les gazettes ? Elle avait seulement réussi à se rendre indispensable aux faucons et faux-culs de tous bords, de sorte qu’elle ne craignit pas plus les noms d’oiseaux qu'une vulgaire fiente très vite essuyée par les laquais rampants à son service.
Main de fer dans un gant de velours et merde dans un bas de soie, si l’essence de la politique réside dans l’art de conserver sa tête au grès des changements de régime, gageons que la Mercedes Classe S de série 126 eut été la favorite d'un certain Talleyrand !










