Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

01 décembre 2008

J'veux du cuir.

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Et si la haine des riches venait de la frustration des moins bien lotis de ne pas se comporter eux-mêmes comme des nantis ? Voilà qui expliquerait le succès des jeux d'argent, près à porter de luxe, fausses Rolex et autres variations chic de l'auto jetable.

La fable de la petite Rolls prend racine au pays des paquebots ambulants. Dans les années 50, BMC absorbe le carrossier Vanden Plas et lui confie l'habillement de ses châssis prêts à porter avant d'en faire la caution chic et toc de ses modèles populaciers. On se souvient de ce cube rase-motte d'Austin 1100, pompeusement rebadgée Vanden Plas Princess en 1962. De la planche de bord au carpaccio de cuir sans oublier les très folkloriques tablettes-écritoire, tous les poncifs que compte la Grande-Bretagne en matière de voiture de luxe tiennent alors en moins de 3,5m. La Princess suivante, extirpée de l'Austin Allegro, y rajoute un grotesque radiateur pastiche qui lui vaut encore d'être bien placée dans les hit-parades du ridicule si prisés outre-Manche. Nous sommes en 1975, la mode rétro sévit et Citroën songe sérieusement à une 2CV luxe à calandre dégoulinant de chrome et faux-compas "Belle Epoque" du meilleur goût, cela va sans dire. La crise tarde pas à modérer ce genre de singerie. En 1981, l'Austin Metro Vanden Plas fait l'impasse sur les baroqueries d'usage tandis que Ford dévalue systématiquement la griffe Ghia de la Granada à la Fiesta.

En 1988, alors que la croissance et la frime reprennent, Renault remet la citadine chic à la mode. A la manière d'un produit de contrefaçon, sa Supercinq Baccara recycle le nom d'une célèbre cristallerie alsacienne en l'orthographiant sans le "t" final pour mieux conjurer la menace d'un procès. Une orgie de cuir crémeux caractérise cette coquille de noix plus prestigieux dans l'intention que par la finition. La 205, qui disputait alors à la Cinq la moindre miette du segment B, ne pouvait que surenchérir dans cette tendance du meilleur goût, mais à la façon Peugeot, avec la pingrerie d'un petit boutiquier près de ses sous.

Au Mondial 90, miss 205 délaisse la vulgarité du blue jean pour sacrifier au fétichisme du cuir le temps d'une série spéciale, la GTI Griffe. Cuir intégral, direction assistée et ABR sont autant de raffinements inouïs sur une 205 en 1990, mais à quelques 101.000F - une GTI 130 revient alors à 89.600F - le très flashy vert fluorite contrastant sur des jantes anthracites évoque davantage les fantasmes d'un post-boutonneux que l'univers du luxe. La farce se limite à 3000 exemplaires, dont 1000 trouvent preneur en France.

Peugeot revoit sa copie dès le prochain salon international, à Genève. Avec la nouvelle 205 Gentry, les petits génies du marketing pensent avoir isoler l'ADN du prestige. La GTI 1.9 a encore fourni ses organes, à cette différence près que l'OS applique désormais un jonc chromé sur les pare-chocs ainsi qu'un mince filet de faux-bois sur les contre-porte à l'emplacement des habituelles bandes rouges. Moteur dégonflé à 105 ch, boîtauto optionnelle et harmonies intérieures sévères parachèvent ce que Peugeot présente sans sourcilier comme un "symbole de raffinement". Impressionnant. Et sur tous les murs de France, une bourgeoise modèle se fait conduire en limousine sur laquelle on peut lire que son "autre voiture est une 205 Gentry".

Ou quand posture rime avec imposture.

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26 novembre 2008

Première fois.

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Qu’il s’agisse de Byzance ou de la Bérézina, l'on n’oublie jamais sa première fois. La 305 Peugeot fut ma première expérience… automobile et le moins que je puisse dire, c’est que cette liaison juvénile tenait davantage du mariage obligé que du coup de foudre. Et ce malgré des innovations aussi fracassantes que la planche de bord rembourrée ou la commande de chauffage illustrée de petits bonhomme lumineux.

C’était pourtant une bonne fille, serviable et douce à conduire, cette 305. Hélas, dès qu'on lui tirait un peu trop dessus, son petit cœur d’aluminium s'affolait et elle se mettait à piailler comme une jouvencelle effarouchée, quand elle ne se couchait pas au premier virage dans la fureur des hauts régimes. En somme, tout le portrait de XXXX, ma compagne de galère, que j’aurais volontiers culbuté sur le siège passager si les technocrates de la production de masse n’avaient privé les 305 GL de dossiers rabattables. Ce genre de privilège était en effet réservé aux bourgeois possesseurs d’un modèle GR. Quant aux nantis ayant accès à la version SR, ils jouissaient, luxe suprême, d’une boîte à gant fermant à clé et d’un « lecteur de carte » amovible hésitant entre le rasoir électrique et le cadeau Bonux.

Heureusement, l’immense volant rendait toute assistance de direction superflue. Ceci dit, une cinquième vitesse, inconnue de cette auto, aurait davantage tenu de la charité que de l’excès de largesses vu la complainte insoutenable poussée par le pauvre 1300 qui moulinait comme un veau en fond de quatrième sur les portions d’autoroute. En courbe, la prise de roulis était telle qu’il valait mieux mordre sur la chaussée d'en face de peur d’envoyer passagers et marchandises par dessus bord. Il faut bien préciser que dans la période d'hystérie anti-gaspi qui vit naître la 305, Peugeot n'avait pas trouvé de meilleur remède que le sous-dimensionnage excessif des montes pneumatiques.

Ne sachant trop où le constructeur avait dissimulés les soixante cinq canassons-vapeur officiellement déclarés aux Mines, je développai des capacités d’anticipation dignes d’un pilote professionnel. A tel point que la prise d'élan préventive et le recours d'urgence au troisième rapport devinrent chez moi des réflexes pavlovien à l'approche d'une cote dangereusement pentue ou dans la perspective angoissante d'un dépassement coupe-gorge. Autant d'adrénaline et de sueurs froides que la 305 procurait pour pas cher dans les limites des allures d'avant-guerre imposées par la loi.

J’aurais pu l’ « oublier » au fond d’un ravin ou d’un lac, je l’ai retrouvée récemment dans un garage de la propriété familiale, traînant là comme ces babioles inutiles que l’on a jamais le courage d’éliminer sous prétexte de sentimentalisme niais. Errare humanum est.

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16 novembre 2008

James Bombinette.

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Après avoir essuyé plusieurs tirs de missiles, semé un hélicoptère de combat et filé sous le nez d’un train fou, j’avais foncé dans le vide aux yeux et à la barbe de mes adversaires avant que la 205 GTI ne déploie son parachute et n'atterrisse en douceur au fin fond du canyon. Ces négligeables petites anicroches ne me dispensèrent pas de déplorer trois vilains grains de poussière sur mon costume impeccable. Shocking !

Ma prochaine mission plus top que secrète m’emmena vers les routes verglacées de l’ouest canadien et les terrains glissants de la redoutable Priscilla. Rien que pour ses yeux de glace, je me devais de sauter de l’avion cargo en 205 GTI. Cela épatait davantage la galerie que d’arriver par le car de 11 heures 17. Ma fidèle « 115 » ayant été précédemment pulvérisée par une plante vénéneuse du KGB, Q m'avait confié la dernière évolution 130 ch. Je repris rapidement mes repères derrière la batterie d’instrumentation crève l’œil alors que la moquette sanglante et les lettres G.T.I. frappées au fer rouge sur le volant heurtaient violemment ma rétine.

A l’ouverture de la soute, le grand vide me happa dans son gouffre enivrant. La 205 hurlait en piqué entre les cimes d’or blanc. Je prenais tout juste mon pied quand il me fallut bientôt gonfler le parachute arrimé à mon chariot de feu. Ca aurait été le comble si un chasseur F10 n'eut point rodé dans les parages, rien que pour le fun et mes fans, il y en avait toujours un dans la distribution. La boule de feu que j’aperçus dans le rétroviseur corrobora mon pressentiment. La chasse ennemie venait de griller mon champignon de toile et mon estomac d’homme qui tombe à pic encaissa la chute. Les MXV série 55 mordirent la poudreuse sur les flancs enneigés quand, sous mes yeux, l’aiguille du cardiogramme s’envola vers la zone d’adrénaline.

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Assez joué au chasse-neige, je décidai de couper par le lac gelé. Il y avait certes plus incognito pour échapper à des poursuivants armés de têtes chercheuses, mais Priscilla détestait attendre et je ne me voyais guère faire la queue au télésiège avec mon smoking et ma paire de Church’s. L’ombre menaçante d’un bombardier lourd ne tarda pas à planer au dessus de moi. Enfin un compagnons de jeu à ma mesure ! A travers mon toit en verre, je vis sombrer sur moi une pluie de bombes étincelant au soleil. Sur l’une d’entre elle, je crus lire de jolis noms d’oiseau sans doute esquissés par Priscilla. Je louai sa jalousie comme un don du ciel. Rien de tel qu’un bon slalom pour tester la « 130 ». Les premières explosions me ballottèrent dans une grêle de glace acérée me forçant à zigzaguer en contre-braquages acrobatiques.

A la livraison de mon nouveau joujou sur-alésé, je crus un instant que la montée en gamme me fisse regretter les saveurs authentiques de ma teigneuse « 115 » trop vite disparue. Aucun minet n’avait oublié la traumatisante émasculation de la Golf GTI. Préservé des coquetteries édulcorantes telles que la direction assistée, le freinage ABS ou la surmonte pneumatique de trop, je retrouvai fort heureusement la vivacité de ma traction ludique débordant de hargne dès la première dérobade de train-arrière. Dans ce balais exaltant avec la faucheuse, ma petite salope rouge ne glissait pas, elle dansait. Charnelle à force de timbre chaud, sa petite boîte à musique râpait dans les graves, vocalisait dans le rocailleux, faisait trembler mes tympans, exacerbait mon excitation. 

Le plus lourd que l’air, à cours de feu d’artifice, capitula. Reprenant le fil d’un bitume oublié depuis quelques temps, je me mis à négocier les lacets à la corde et les courbes de niveau decrescendo jusqu’à la plaine. Survirage maîtrisé, début de sous-virage, décrochage de l’arrière, la 205 déglutit les méchantes courbes avec force boulimie tandis que je m’imaginais prendre Dame Centrifuge par la taille en un tango ardent ne pouvant se conclure qu’à l’horizontale.

Arrivé triomphalement devant le chalet de Priscilla, je ne pus réprimer un dernier dérapage contrôlé pour la frime, indifférent que j’étais aux charmes des beaux créneaux de professeur d’auto-école. Puis, le pas conquérant, l’œil de braise et la gestuelle animale, je m’en suis allé susurrer à l’oreille de la miss Iceberg qui avait « failli attendre » qu’il convenait de rester prudent par ces temps-ci. 

Ce à quoi la scélérate répondit :

« _ Au lieu de faire le zouave avec ta chignole de kéké, tu ferais mieux d’aller torcher les gosses, espèce de bon à rien ! »

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16 juin 2007

Etat d'âme.

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Grâce aux éclairages foudroyants de L’Eglise catholique, nous savons maintenant que la femme possède une âme. Mais qu’en est-il de l'automobile ? Si la question se pose quant à nombre de légendes roulantes de notre mythologie matérialiste, la cause me semble définitivement entendue à la vue trivialement ordinaire d’une Peugeot Deux Cent chose ou Trois Cent et quelques. J’exclurais toutefois le cas notable des 504 coupé et cabriolet. Car, à l’évidence, l’existence ou non d’une âme chez ces mythes trop oxydables dépasse en importance le débat sur le sexe des anges. Voici pourquoi.

Tout a commencé ce jour de prime enfance où la griffe Farina m’a enlevé à mes pauvres Majorette de bac à sable pour m’élever au rang des plaisirs de Grands. A une époque où mes co-détenus de cour de récréation jouaient à Shérif fais moi peur à bord de Dodge Charger imaginaires sinon enviaient la Ferrari d’un célèbre privé en chemise à fleur, j’affichais déjà une préciosité de goût assez peu compatible avec la manifestation puérile d’une virilité post-larvaire.

Lorsque j’eux les jambes assez longues pour atteindre les pédales plus ou moins douces, on ne rencontrait déjà plus ces beautés rongées par le cancer oxydant que dans les pages d’une presse rétro alors embryonnaire. Hélas, la réalité de la première prise en main brisa les pains de sucre de mes rêves enfantins.

La belle endormie que m’avait vantée un vieux magouilleur 3% honnête, ravi d’abuser de la naïveté d’un post-boutonneux, m’attendait dans une grange entre une volière à poule et un vieux pressoir. Je passerais sur la teinte verdâtre aussi attirante qu’une marre assoupie et la sinistrose d’un tableau de bord gai comme un congrès de l’ex-RDA.

Une batterie de récupération et quelques de giclées de Start Pilote plus tard et le laborieux quatre pattes en fonte daignait s’ébrouer. Je revois encore dans le miroir  rétroviseur ma mine déconfite à l’audition désespérante dudit moulin. C’était, comment vous dirais-je, un bruit aussi emprunt de virtuosité qu’un tambour couinant de machine à laver, un cauchemar de trivialité, inexpressif et inexprimable à force de fadeur, un bruit  qui à force de faire du bruit, appelait le silence.

En somme, il manquait à ce coupé 504 quelque chose d’essentiel, de substantifique, de décisif. Comme dit-on déjà ?

De l’âme ?

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26 janvier 2007

Oraison funèbre de la Mercedes à la française.

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Tout comme le fantasme de la Porsche tricolore, le complexe de la Mercedes française hante depuis trente ans les redondances des journaleux et envenime les prises de bec entre franchouillards et cyniques. Quand les uns nous refont la Revanche de 1918 à chaque tentative de renversement de l’hégémonie allemande, les autres reconnaissent d’incontestables vertus hilarantes à ces incursions tricolores en territoire (très) hostile. Ce n’est certes pas avec les contre-performances commerciales de la Peugeot 607, ridiculisée à domicile par les Audi A6, Mercedes Classe E et BMW série 5 en 2006, qu’ils pourront relâcher leurs muscles zygomatiques. La Mercedes à la française, une piteuse fumisterie ?

Et pourtant, des trois losers français du haut de gamme, Peugeot semblait le plus proche cousin germain de Daimler-Benz. De par leur fidélité indéfectible aux carrosseries statutaires, leur précocité de missionnaire en matière de Diesel, leur image de caisse d’épargne auprès des bons pères de famille et leur prudente gestion à même de favoriser les audaces (très) calculées comme de modérer les fièvres innovatrices, les deux vénérables maisons de Sochaux et de Stuttgart ont longtemps présentés d’étonnants liens de gémellités. C’était sans compter les divergences majeures de stratégie industrielle de part et d’autre du Rhin. Alors qu’au sortir des Trente Glorieuses, Peugeot le généraliste a montré comment dissoudre marges bénéficiaires et image petit bourgeois dans la très grande série, les crises pétrolières pas plus que les crashes de princesses n’auraient su compromettre prestige et profitabilité du spécialiste Mercedes.

Web_1999_JVII.jpgHélas pour Peugeot ou fort heureusement pour Mercedes, le made in France constitue depuis le naufrage de nos marques de luxe la meilleure assurance de bide retentissant sur le segment sans pitié des executive cars. Bricolée à moindre coût autour des portières d’un taxi-brousse et d’un V8 diminué de deux pattes, la 604 n’avait d’autre miteuse ambition que de procurer un peu plus d’argent par voiture vendue sans plomber les comptes de la maison. Malgré les fanfaronnades et les moulinets en l’air de Jacques Calvet, la 605 n’a jamais bénéficié de l’aura ni de l’expertise “premium” qu’aurait pourtant méritées ses impériales qualités routières. Construite sur les débris de ce mémorable suicide commercial, la 607 semblait vouée à la même plate destinée d’honnête outsider par la faute d’une enveloppe budgétaire inappropriée et d’une gamme de motorisations misérabiliste. Ce que les faits ont confirmé. En pire.

Web_1999_JXI.jpgCar la 607 n’aura connu le succès, sinon la manifestation timorée d’un intérêt fragile, que durant une seule année pleine, 2001. Moins de 38.000 voitures sortent des chaînes de Sochaux cette année-là, une “performance” à faire passer les quelques 80.000 mauvaises 605 bâclées en 1990 pour un fabuleux triomphe. Pire, en 2003, malgré les perfusions de commandes des administrations, le discrédit des bizarreries Renault et la momification prolongée des grandes Citroën, la 607 aura réalisé l’exploit de se faire piquer sa couronne de tank préféré des français par la Mercedes W211 alors empêtrée dans d’historiques déconvenues électroniques. De peur de provoquer crampes et asphyxies chez nos lecteurs, nous tairons charitablement la quantité homéopathique de 607 neuves s’étant par mégarde aventurées à l’exportation. Il faut bien reconnaître que l’espérance d’apercevoir une 607 à Berlin équivaut à peu près à la probabilité de trouver une perle dans un plateau d’huîtres de chez Fouquet’s…

Web_1999_JX.jpgDans un marché où les moteurs à essence servent essentiellement à décorer les brochures publicitaires voire à remplacer potiches et plantes vertes lors des salons internationaux, le fleuron de notre industrie automobile ne pouvait guère compter qu’en la bonne volonté d’un modeste 2,2l HDI 136ch plus propice à la digestion qu’aux coups de sangs. Posséder la première voiture de série équipée d’un filtre à particule ne constituant pas la motivation d’achat essentielle d’un véhicule statutaire, il faut bien reconnaître que pédégés ou simples requins réclamaient autre chose que des alibis écologiques pour satisfaire leur appétit naturel de puissance. Aussi, la 607 aura passé l’essentiel de son ennuyeuse carrière à attendre, attendre, encore et toujours attendre le préchauffage d’un V6 HDI espérée comme le Messie.

Pour assurer l’animation durant l’intermède, la firme sochalienne exposa sous les feux des projecteurs une folklorique 607 landaulet dite “Paladine”. Le temps d’un autre show éphémère, elle nous fit miroiter un clone d’AMG aux 400 chevaux imaginaires avec l’ubuesque 607 “Pescarolo”. Complexe Mercedes, quand tu nous tiens ! Et puis, finalement, dans les derniers jours de 2004, longtemps après que ces attractions de cirque fussent oubliées et la plupart des vieux fidèles passés chez Mercedes, le miracle du V6 HDI se produisit.

Web_04.jpgAvec sa surenchère de raffinements technologiques qui flattent ceux qui n’ont jamais vu la couleur du cambouis et ses valeurs de couple et de rendement à démobiliser les derniers résistants à l’huile lourde, ce premier V6 Diesel “français” (bardé d’électronique Bosch et fabriqué par Ford…) transfigurait la plus hexagonale des Mercedes. Tant et si bien qu’à trop vouloir pourchasser les étoiles allemandes, notre championne du compromis confort-tenue de route se fit un peu trop rude pour les fessiers non aguerris à la sècheresse germanique. D’ailleurs, le mode “Sport” de la suspension pilotée n’aurait-il pas mieux mérité la terminologie plus appropirée de mode “Tape-Cul” ? Un comble pour ce paquebot ouaté que les notables et grisonnants achetaient pour son incomparable moelleux de vieux lit de campagne !

Web_607_ny7.jpgMalgré cette germanisation à outrance, il semblerait que la clientèle visée aient préféré l’originale à la copie. Après un léger sursaut des immatriculations en 2005 et malgré le renfort de deux nouveaux quatre cylindres HDI dont le récent 2,2l biturbo 170ch, la 607 plonge à nouveau aux confits des palmarès. Pis, la voilà maintenant torpillée par la Citroën C6, laquelle lui a soufflé nombres des précieuses immatriculations qui lui auraient sans doute permis de terminer 2006 avec les honneurs.

A ce stade, la cause de la Peugeot 607 me semble à ce point désespérée qu’il n’est point besoin d’attendre l’annonce officielle du décès pour la considérer comme morte. Alors, autant considérer d’ores et déjà cette pauvre histoire comme l’oraison funèbre de la Mercedes à la française.

Requiescat in Pace.

Amen.

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17 mai 2006

Vous n'avez rien contre les jeunes ?

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En France, tous les banquiers vous le diront, on n’a rien contre les jeunes. Particulièrement lorsqu’ils se couchent tôt, ont un boulot sérieux, gagnent plus de 2000 euros par mois, s’habillent, pensent, votent et consomment comme leurs aînés. En bref, la France n’a rien contre les jeunes, surtout lorsqu’ils sont vieux.

C’est dire s’il est bienvenu d’avoir l’avenir devant soi en notre belle gérontocratie qui a su au fil des ans gratifier sa jeunesse d’aussi touchantes attentions que les SMIC jeune et autres CPE. Intention rimant forcément avec filon, tous les acteurs de l’économie y sont allés de leur contribution, y compris la sévère maison Peugeot qui commit voici vingt ans la mémorable 205 « Junior ». La voiture pour les jeunes ou plus exactement pour les parents qui désiraient en offrir une bien comme il faut à leurs petits (sur)protégés d’amour palpitant de joie, l’œil humide, le front luisant et le précieux petit papier rose fraîchement en main, souvenez-vous, c’était en 1986.

Non contents de stigmatiser leur cible acnéique par de très utiles bandes adhésives aux couleurs niaiseuses et un revêtement de siège en jean’s promettant une vie de col bleu aux mauvais garçons qui n’auraient pas eu leur bac, les maîtres en science mercatique racolèrent le freluquet à coup de fadaises cathodiques du genre « ah la belle 205 Junior, à l’intérieur plus personne t’ignore ! » sur fond de vieux rock édulcoré aux heures de grande écoute.

Il fallut bien pareilles fulgurances pour tenter d'écouler des boîtes 4’ en plein boom des 5 vitesses, légitimer le misérabilisme outrancier de montes pneumatiques tenant du cerceau de ballerine et justifier une pingrerie maison allant jusqu’à refuser au client le luxe suprême d’un compteur journalier, d’une horloge de bord ou d’une moquette de coffre. Si tant est que l’on puisse qualifier de « moquette » tout mauvais cache-misère à peine digne d’un parterre d’entrepôt Saint-Maclou. Enfin, la lunette arrière chauffante facturée en supplément de même que l’absence de second rétroviseur à une époque où la législation n’en imposait encore qu’un seul, ne font pas mystère de toute la considération manifestée par Peugeot à l’égard des boutonneux à une époque où les 205 se vendaient aussi difficilement que le muguet du premier mai une année de mauvaise récolte.

A ce niveau de mépris, la jeunesse tiendrait plutôt de la maladie subversive nécessitant une rééducation par la précarité, ce que les faits ne démentiront pas à l’heure où tant de 205 Junior continuent de transporter nombre de nouveaux promis aux Contrats Premières Embûches.

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15 mai 2005

Le complexe Smart.

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Pas facile pour un constructeur généraliste de gagner de l’argent sur les petits véhicules, surtout lorsqu’on a la dent aussi dure que les comptables de chez Peugeot.

 

Il n'y a pas si longtemps, ces grippe-sous congénitaux forçaient les clients à acheter les 205 les plus chères - et donc les plus lucratives - en dépouillant jusqu'à l'absurde les versions d'accès. Tout y passait, le rétro droit, le compteur journalier et la moquette dans le coffre, quand la lunette arrière chauffante ne figurait pas sur la liste des options… à 150F !

 

Entre-temps, Mercedes a lancé « la petite voiture au prix d’une grande » - la Classe A - et « la deux places au prix de cinq » - la Smart - ce qui, du côté de chez Peugeot, a naturellement donné des idées aux obsédés de la marge bénéficiaire. Et aujourd’hui, après des kilomètres et des kilomètres d’équation dont le prix de revient est l’inconnue très bien gardée, et le client entubé, le résultat certain, nos génies ont accouché de la 1007.

Après mûr examen, accordons leur sans hésiter la bosse de maths, car la 1007 a réussi la prouesse inouïe de nous vendre le kilo de plume au prix du kilo de plomb, la finition Fiat au tarif Audi, et les performances d’une micro-urbaine neuve pour le coût d’une grande berline récente !

Oui, vraiment, grâce à ces avancées déterminantes dans le segment des citadines branchées, Peugeot n’aura bientôt plus rien à envier à la Smart. Pas même ses chiffres de vente.

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