Le blog de la Jamais Contente

Digressions et points de vue caustiques sur l'automobile d'aujourd'hui et d'hier

26 décembre 2008

Cendrillon II.

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Après avoir été larguée une énième fois par son butor de prince, Cendrillon était rentrée la tête basse et le ventre désœuvré au garage Auto Maxi Tuning que tenaient ses deux pouffes de demies-sœurs. Ces dernières étaient au Beau Sexe ce que les semelles à crampons sont aux talons-aiguille. Afin d’expier la mauvaise réputation que Cendrillon leur avait faite dans la littérature enfantine, les deux monstres chargèrent illico la pauvrette des plus viles occupations de leur SARL.

Cendrillon s’ennuyait entre deux vidanges, puis il arriva que le fils du roi de la fripe donna un bal au Macumba Night, et qu'il y invita toutes les personnes de sa qualité. Les deux pestes en furent aussi invitées. Sachant que le rayonnement intellectuel du prince atteignait largement le cap des trois premières lettres du mot culture, les voilà bien aises et bien occupées à choisir les attributs qui leur siéraient le mieux. Nouvelle peine pour Cendrillon, car c'était elle qui assurait la maintenance de leurs tonnerres mécaniques ! On ne parlait que de la manière dont on allait s’exhiber ce soir-là.

_ « Moi je kiffe grave sur mon 3.25 iS look M3, trop mortel ! » dit l’aînée.

_ « Et moi, dit la cadette, qui bien que le parler djeunes n’ait pas été encore inventé au temps de Perrault, témoignait du même raffinement linguistique, j'aurai que mon Merco Kolokonkassor avec le look AMG et des 19 pouces, les keums y vont trop halluciner. »'

Enfin l'heureux jour arriva. Elles partirent et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put. Lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa marraine, qui la vit toute en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait, mais Cendrillon pleurait si fort qu'elle ne put décrire dans quels troubles sous-jacents la dotation prétendue du prince la plongeait. Sa marraine, qui était fée, parce que, ne me demandez pas pourquoi, mais il y en a toujours une dans les castings de conte, lui dit :

_ « tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ? »

_ « Ben, oui, t’es relou, ou quoi ? » dit Cendrillon, bouleversante d’intensité dramatique.

_ « Hé bien, seras-tu bonne fille ? » dit sa marraine.

_ « Et comment que je suis un bon coup ! » répliqua Cendrillon, de plus en plus dramatique.

_ « Alors je t'y ferai aller ! » conclut la grosse lourde.

Elle la mena dans sa chambre, et lui dit :

_ « Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille. »

Manque de bol, on avait dans cette maison la main aussi verte qu’un écologiste de salon. Le seul topinambour un tant soir peu légumier était une vieille Safrane qui gisait dans un recoin poussiéreux du garage. Cendrillon ne pouvant deviner comment cette citrouille pourrait la faire aller au bal. Sa marraine commença par la débarrassa de ses peu kiffant attributs. N'ayant laissé que l’écorce d’acier, elle la frappa de sa baguette et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout clinquant d’enjoliveurs plastico-dégradables estampillés "Baccara".

Ensuite, elle alla regarder sous le capot où elle trouva non sans mal six cylindres plus très vivaces. Elle dit à Cendrillon de lever un peu le capot et donna un coup de baguette au vieux moulin qui fut changé en V6 Biturbo, ce qui fit un bel attelage de 260 chevaux-vapeur.

La fée dit alors à Cendrillon :

_ « hé bien, voilà de quoi aller au bal, n'es-tu pas bien aise ? »

Cendrillon ne sentait pas sa joie. Sa marraine lui recommanda instamment de ne pas dépasser minuit, l'avertissant que si elle demeurait au bal un moment de plus, son carrosse redeviendrait citrouille. Cendrillon promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit et partit au volant de la Safrane Baccara Biturbo.

Le fils du roi de la fripe, qu'on alla avertir qu'il venait d'arriver une meuf qu'on ne calculait point, ne courut cependant pas pour la recevoir. Il ne lui donna pas la main à la descente du carrosse et ne la mena pas dans la salle où était la compagnie. On n'entendait qu'un bruit confus :

_ « t’as vu la pouffe avec sa Renault pourrie !!! » 

C’est tout ? Ben oui, c’est tout. Même dans les contes, les Renault ne font pas rêver les princes.

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D'après l'adaptation fidèle du compte de Charles Perrault...

 

Posté par Laurent B à 18:06 - Renault - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


25 décembre 2008

Un dîner en famille.

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Hommage au dessinateur satirique Caran d'Ache.

Posté par Laurent B à 07:43 - Renault - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 décembre 2008

Goodbye Lenin.

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Il était une fois dans une Union soviétique qui avait bien tourné, la Régie Socialiste des Usines Renov.

Au pays où l’auto n’allait pas sans mobile, la Régie Socialiste des Usines Renov fournissait le camarade contribuable en bagnole sinon en opium, à la faveur d’une Turbo-mutation de la poubelle ordinaire. Et pour ceux qui n’avaient pas les moyens d’acquérir une R12 Gordinski ou une R5 Alpinovitch, Renov hissait haut les couleurs du prolétariat dans les Grands Prix de F1 aux yeux et à la barbes des nations capitalistes. Il fallait bien flatter la masse laborieuse en ces temps ennuyeux où la Béhême et l’Audi n’étaient encore que l’apanage d’une minorité d’asociaux pervertis par le Grand Capital.

Si ce n’étaient quelques vaines tentatives de putsch des socio-traîtres Citronov ou Peugowski, la RSUR ignorait jusqu’au mot « concurrence ». L’exportation ? Une lointaine et obscure préoccupation d’aventurier post-colonialiste face à l’attrait d’un pré-carré de France tout acquis à son losange. Les clients, pardon, les candidats acquéreurs, évoluaient en grade sur une échelle sociale graduée de la R4 à la R30, et tous étaient contents puisqu’ils vivaient dans le meilleur des mondes possibles. Si, d’aventure, certains camarades devaient essuyer quelques plâtres, gageons qu’il s’agissait là de la contribution de chacun à l’édification du Socialisme. En cas de pépin, la permanence Renov était toute disposée à offrir à l’usager un autocollant et un stylo magique à l’effigie du camarade Alain Prostkovich. Dans les cas les plus extrêmes, on pouvait même lui vendre une autre Renov.

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Le 23 vendémiaire de l'an 191 après la Révolution (1984 chez les socio-traîtres) le Parti lança le nouveau fleuron socialiste, la R25. Bien qu’affichant une sophistication à base d’électro-gadgets et de nids à bugs sans grand rapport avec le minimum syndical préconisé par la CGT, la Régie se défendit de tout embourgeoisement. « La philosophie de Renov, en abordant le haut de gamme, c’est de traiter le problème à la façon Renov, c’est-à-dire en privilégiant beaucoup plus les prestations et les qualités de la voiture que le statut social » arguaient alors les prêts à recopier envoyés aux pravdas automobiles.

C’est ainsi que dans ce pays où le « haut de gamme » tient d’avantage au présentoir à fanions qu’à l’aura du blason, la R25 emmena à la fois les cols bleus vers les rives de la Méditerranée que les cols blancs vers les cimes de la Mitterrandie. Haut de gamme populaire et haut de gamme d’Etat, elle remplit la mission assignée par le Parti sans qu’il fut besoin de se préoccuper outre-mesure d’une concurrence trop peu développée pour songer à changer le turbo-poumon et le tourne-broche hérités de la R20 qui sévissaient encore sous son immense capot de paisible limeuse d’autoroute.

Pour certains apparatchiks pressés « pour raisons d’Etat » par des maîtresses « d’Etat » sollicitant des faveurs tout aussi é(x)tatiques, on avait prévu le V8 à six pattes dont les 144 mulets rentraient plus facilement dans la cour des édiles que dans le cœur des idoles. Cela suffisait amplement à vrai dire pour se faire l’Elysées-Matignon le jour et l’Elysées-Montmartre le soir venu.

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Toutefois, la Régie Socialiste des Usines Renov se montra préoccupée par les importations sauvage d’Audi 200 Turbo, BMW Mesrine style et autres subversions capitalistes qui détournaient de plus en plus de camarades du Socialisme. Pour ramener ces asociaux vers le droit chemin, la RSUR concocta une R25 V6 Turbo forte de 180 ch et promise au 220 chrono sous l’alibi sécuritaire de l’ABS optionnel. Dans un pays où le Grand Tourisme était soluble dans la grande série, l’arrivée d’une telle bête provoqua autant de curiosité que d’animosité. Un char de l’Etat qui se prend pour une supercar à rupin : trahison envers la Révolution ? Le Parti se disculpa en vantant les mérite du premier système d’ABS de conception socialiste qui ne devait rien à Bosch, l’habituel fournisseur des marques renégates.

Mais l’Histoire était semble-t-il déjà en marche. Entre-temps, la gauche avait découvert le caviar sous les ors de l’Ancien Régime et le camarade Mitterranov se défendait déjà de toute dérive monarchiste. Pour la seconde partie de son règne, pardon, de son mandat, les armées de courtisans mitterrandolâtres ou simples arrivistes chouchous du Prince ne se déplaçaient plus qu’en R25 V6 « Baccara ». « Baccara » sans le « t » final pour ne pas faire de publicité à la cristallerie d’art, ce qui n’empêcha pas les spécimen concernés de se couvrir d’une surabondance de cuirs graisseux et de boiseries rococo à faire pâlir la plus antisociales des limousines ennemies. On était déjà loin du blue jean’s biodégradable des kolkhoziennes R5.

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D’aucuns, parmi ceux qui ne croyaient plus en Dieu ni en Marx, remarquèrent que si tout les camarades étaient égaux, certains l’étaient plus que d’autres. En langue de bois, on appelle cela le « réalisme de gauche », en bon cynisme, « le socialisme de marché ». Voilà comment la R25 contribua à l’effondrement en douceur de la dernière République Socialiste d’Occident. L’empâtée Safrane qui lui succéda en 1992 unit bien vite anciens révolutionnaires et néo-conservateurs dans le consensus mou de ses banquettes pullman alors que la Régie Socialiste des Usines Renault passa dans le secteur privé comme une lettre à la Poste, deux ans plus tard. Goodbye Lenin.

Posté par Laurent B à 07:22 - Renault - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 novembre 2008

Pause-café.

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Pause-café, Francis traînasse sur la toile entre deux réunions ferme-paupière. La main sur la souris, le cortex en stand-by et Internet Explorer comme réflexe pavlovien, il s'abandonne à son interface virtuel quand sur son bureau s'accumulent les dossiers à urgence variable. Sous ses yeux blasés par l'addiction informatique, s'agitent moult voleurs de temps. Pseudo-information, publi-reportage et raccolages publicitaires disputent au niveau zero de la politique le degré ultime du non-évènement. Au hasard d'une nouvelle page, une bannière Renault invite Francis a essayer le nouveau coupé Laguna.

A quelques encablures de là, la crème des communiquants du losange est suspendue a son clic gauche. Cadre moyen, marié, deux gosses, Francis incarne leur coeur de cible. Concentration maximum, stress continu. Les parkings de Sandouville regorgent de Laguna invendues. Il faut à tout prix relancer les ventes. Exténués par la pression de l'enjeu, des hommes sont déjà morts pour cette voiture. En amont, toute une entreprise, des milliers de famille inquiètes pour la pérennité de l'emploi, l'intérimaire sous la menace des coupes sombres, les sous-traitants dans l'expectative, les commerçants en deuil de lendemains radieux, l'école qui craint les réductions de poste, le tissu social et associatif sur le qui-vive, tout un monde retient son souffle.

Et puis soudain, l'euphorie. Francis vient de cliquer sur la Laguna. On se félicite du choix de l'accroche, de la couleur du modèle présenté et du Golden Gate en arrière-plan. A défaut de d'intention d'achat, l'on ambitionne la persistence rétinienne, mais le chemin vers le bon de commande est encore loin. A-t-on mis le formulaire de prise de contact sufisamment en avant ? Que vaut l'intéractivité du configurateur ? Le soulagement ne dure que l'apparition d'un pop-up à l'écran. Francis a déjà détourné son attention. Il ne sacrifiera pas son voyage à Agadir ni la réfection de la salle à manger pour une Laguna. De toute façon, il roule en scooter depuis trois ans et Madame tient fermement les cordons de la bourse.

La cible se dérobe. Chômage technique, fermetures d'usine, suicides en interne, les mauvaises nouvelles s'enchaînent mais l'horreur économique continue.  Viendront d'autres bannières, d'autres accroches pour d'autres Laguna, vite consommées, vite oubliées, pour lesquelles on sacrifiera d'autres talents, au besoin dans d'autres pays. The show must go on. Les vagues ordinaires de délocalisations et de suicides n'émeuvront plus guère, et nos télégéniques analystes diront simplement que notre économie est devenue plus compétitive.

Posté par Laurent B à 17:32 - Renault - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 juin 2007

Familles, je vous hais !

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Mon Amour.

A l’approche angoissante de la trentaine, les cohortes moutonnières de Scénic grisâtres me plongent dans les épais ténèbres des matins sans caféine. Telles ces interrogations parasitaires sur ma situation matrimoniale, le nom de ces Renault-là sonne comme un rappel à l’ordre de l’inconscient collectif vers le lit conjugal et me ramène sans ménagement à ma basse condition d’inséminateur ordinaire.

Lot commun des mâles nécessaires prêts à ensemencer autant de ventres sur pattes, ces bétaillères à mioches sentent le talc tiède, les tétines humides et les couches-culotte usagées. Et s’il s’agit ici de considérations scéniques, c’est surtout au sens des scènes de ménage, là où théières aériennes et soucoupes volantes viennent déchirer le beau ciel bleu des amours pliant sous le poids des chaînes.

N'en doute pas un seul instant, mon Amour, en ces temps où l’ordre moral semble devoir balayer l’esprit de sédition, je ne me laisserai pas enchaîner sans combattre. Les lessiviers du losange auront beau aguicher le futur planqué à coup de jantes sport et de faux placages en alu, leurs Scénic n’en resteront pas moins aussi envoûtant qu’une Christine Boutin en porte-jarretelles et dessous cuir.

Alors, viens ma sauvageonne ! Embrasse-moi que je t’embrase, étreins-moi que je m’éreinte ! Viens t’égarer, le corps à cran et la crinière au vent, et viens consumer avec moi le reste de jouvence qu’il nous reste. Nous n’avons plus de temps à perdre. Dame Nature saura nous rappeler, je ne le sais que trop, ce pour quoi nous avons été conçus.

Muse enchanteresse et mère pondeuse ne sont que les deux facettes de la même médaille et je redoute le jour fatal où tu me suggèreras, entre le creux de l’oreille et celui de l’oreiller, de semer en toi ma mauvaise graine sans que je puisse te refuser quoi que ce soit.

Ma fonction biologique accomplie, je n’aurais plus qu’à me glisser à mon tour derrière le volant d’un Scénic avec deux ou trois têtes-à-claques dans le dos, et rejoindre mes pantoufles en attendant l’inexorable chute. Si ce malheur devait nous arriver, ne pouvant me résoudre à voir ta jeunesse se flétrir au fil des portées successives, je te promets, mon Amour, de t’étrangler aussi sec.

Posté par Laurent B à 11:59 - Renault - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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