04 juin 2007
Tagora, mon amour.
Qu’ils fussent ingénieurs, tourneur-fraiseurs ou simple apprentis, nombreux sont les anciens de chez Porsche à revendiquer la moindre miette du mythe 911. Alors que dans le même temps, allez savoir par quelle humble retenue, si peu revendiquent la paternité de la Talbot Tagora. Ils ont tort ! Il n'est en effet pas donné à tout le monde d'imaginer l'un des plus remarquable suicide commercial de ces vingt dernières années.
Qu'on le taise ou qu'on le confesse, le plus innommable des bides commerciaux demande au moins autant d'investissement personnel et d'abnégation professionnelle que la plus idyllique des success stories. De la planche à dessin aux tests clientèle, du lancement du projet C9 en 1976 à la présentation parisienne de la Talbot Tagora quatre ans plus tard, combien d'employés anonymes de Chrysler Europe puis de Talbot ont-ils cogité, bossé, sué, jusqu'à faire empiéter la besogne sur leur propre vie privée, ne plus voir pousser leur progéniture et mettre leur couple en péril ? Sacrifier une idylle de vingt ans pour une Tagora, l'imaginez-vous seulement ?
Avec quelle conscience professionnelle ces oubliés de l'Histoire ont-ils conçu cette auto pour rien, chef d’œuvre d’inutilité aussi salutaire au groupe PSA qu'un sous-marin à voile, dont la version 2.6 SX, pour être la plus puissante des berlines françaises de son temps, n’en restait pas moins la plus assoiffée à une époque à ne plus mettre une grande berline dehors.
Avec quel zèle ces héros anonymes ont-ils su lancer l'un des modèles les plus commercialement nocifs de l'époque, une tueuse d'image qui a surtout contribué à ruiner un grand nom presque centenaire de l’automobile franco-britannique en moins de temps qu’il n’eut fallu à écouler les invendus. A peine trois ans de commercialisation et 20.000 exemplaires auront suffi. Et nos maestros du flop auront été brillamment secondé par les anti-stratèges de Peugeot qui, pour avoir fait porter l'écusson Talbot à tout et n'importe quoi, parachevèrent l'oeuvre de destruction. Qui se souvient depuis lors du lustre et des moissons de trophées des Talbot-Darracq et autres Talbot-Lago d'antan ?
Pour toutes ces raisons, la Tagora mérite les éloges. Ses concepteurs peuvent même se montrer légitimement fier d’avoir enfanté une surdouée. Gloire à toi, génie du plantage et prince roi du bide ! Gloire à toi qui fait encore, vingt-cinq ans après, la joie des palmarès du pire si prisés pas nos amis Anglais ! Gloire à toi, surtout, à qui je dois cette chronique !

