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Elle aura connu trois interprètes de James Bond et autant de changement de propriétaire à la tête d’Aston Martin. Faute d’argent dans les caisses, la V8, née DB-S en 1966, aura défendu les couleurs de Newport Pagnell pendant près d’un quart de siècle. Une éternité qui a laissé des traces, comme l’atteste la V8 Vantage Volante, ultime avatar dévoilé en 1986.

A l’image de ces cathédrales gothiques dont la construction s’étalait sur des décennies au grès des rentrées d’argent, cette fin de race porte en elle la marque des différentes époques qu’elle a traversées. Dessinée originellement par Touring, l'Aston Martin DBS devait revêtir la même hautaine prestance que les iconiques DB4/5/6. Or la faillite du carrossier italien, début 1967, contraint Aston à revoir sa copie pour le salon de Paris. La proposition du jeune styliste William Towns, très marquée par les voitures musclées d'outre-Atlantique, remporte les suffrages. La ligne fastback mélange profil de Mustang et de Camaro. A bord, la planche de bord inclinée vers le pilote évoque plutôt la Corvette. Shocking ?

En 1972, David Brown est contraint de quitter l'affaire et la DBS V8 devient V8. Malgré la succession des faillites et deux chocs pétrolier, l'esprit "muscle anglais" subsiste. La nouvelle calandre béante flanquée de deux phares circulaires adapte la traditionnelle entrée d'air en chapeau de gendarme à un faciès de Mustang. Mieux, en 1978, la très agressive V8 Vantage exacerbe la connexion transatlantique par le décrochement de sa poupe façon Pontiac Firebird et son capot que semble vouloir crever la batterie de carbus.

Dans les années 80, la répression routière et les lois antipollution ont depuis longtemps eu raison des voitures musclées américaines, mais leur influence perdure encore à Newport Pagnell. Au coeur des années frime, Aston Martin cède à la manie des élargisseurs d'aile, suivisme regrettable qui nous évoque aujourd’hui d’obscures références du crypto-bolidage. La fureur exhibitionniste de ces temps d’arrogance m'as-tu-vu ne fut pourtant pas du goût de tout le monde. Le prince Charles lui-même demanda à Aston Martin de lui livrer sa V8 Volage Violente (sic) sans verrue ni excroissance, preuve irréfutable d’une capacité de discernement certaine chez les sommités légumières.

Au crépuscule de l’interminable lignée des Aston Martin DB-S et V8, force est de constater qu’il ne reste plus grand chose du dessin original de William Towns sinon une boursouflure ankylosée façon Mad Max dont le goût incertain évoque davantage les frasques de Las Vegas que le chaleur feutrée d’un club londonien. L’image policée des prestigieuses DB en prend un coup, et ce genre d’errance contraste d’autant plus avec l’image de rigueur quasi clinique aujourd’hui revendiqué par Aston Martin. Pourtant, par le charme subversif de son profil sous stéroïdes, son bataillon de bons vieux carbus et le grondement de son moulin à réveiller un mort, cette V8 Vantage possède un indéniable attrait subversif.

Maintenant, il faut oser !