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Chez les voitures, ce n'est pas la grenouille mais le lion qui veut se faire plus gros qu'un boeuf. Plus dure sera la chute.

Succès de l'année 2009, la 206 Plus sort encore des usines de Mulhouse. La précision a son importance. A la vitesse où nos usines s'expatrient, il est devenu plus court d'énumérer les modèles fabriqués en France que ceux qui ne le sont plus. Cela ne fait pas pour autant de la 206 Plus un fleuron national. A vrai dire, voilà le choix typique des jeunes couples et autres boutonneux faisant la tournée des concessionnaires en quête du meilleur rabais, bref, tout sauf une voiture de leader !

Et pourtant, bonne mère, quelle gueule ! Flancs musculeux plus que suggestifs, regard intimidant de prédateur autoroutier, bouche béante prête à en découdre : il ne manque plus à la bête qu'une paire de canines rase-bitume pour briller au bal des ménagères sur le parking d'Auchan. Au volant, pourtant, le fauve n'est plus qu'inoffensif minou de soixante (!) châtons-vapeur. On croyait en avoir fini avec lui, mais sous le capot miaule encore l'antédiluvien moteur TU1 dont les origines remontent à l'AX de 1986 et les cotes cylindriques au coupé 104 de 1973 ! C'est la crise. En greffant une proue de 207 à la vieille 206, les éminences grises du lion, meilleurs comptables qu'innovateurs schumpeteriens, ont trouvé moyen de monnayer l'obsolète au prix de l'inédit. De quoi tirer encore quelques bénéfices d'une base ultra-amortie depuis perpette ! Pour le reste, et comme souvent chez Peugeot, c'est TOUT DANS LA GUEULE.

Regardez maintenant la Porsche 911. Depuis bientôt un demi-siècle, l'emblématique bolide exhibe cet air bonnasse de brave batracien aux gros yeux gentils. Pour un peu, l'une des plus redoutables faiseuses de veuves tiendrait de la pacifique petite auto à Oui-Oui. Ici, pas d'esbroufe, une simplicité formelle proche de l'ascétisme, rien que de l'efficacité non surfaite : la fonction implique la forme. Qui peut le plus peut le moins. Ceux qui n'ont rien à prouver sauront apprécier cette sagesse dont le prolo n'a certainement pas le monopole, mais le romancier Jacques Chardonne vous en convaincra mieux que moi :  

"Quand on conduit une voiture beaucoup plus rapide que les autres, on est bien débarrassé de cette "volonté de puissance", dont vous parlez si justement, qui tient à la faiblesse ou à l'inquiétude. La volonté de puissance, c'est bon pour les Peugeot."   

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